« … Il me semble qu’on sonne le glas. C’est mon train qui arrive, mon train vers l’au-delà. Il fait froid. Si froid. Mais quelle heure est-il ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Il est tôt. Je t’aime. Le soleil est là. Je t’aime. Unis mon amour, ma vie je t’aime plus que tout au monde. C’est bientôt l’heure. Je t’aime. Adieu, donc ! Je t’attendrais. Adieu ! Je t’aime ! Eternité … »
Voilà comment se termine la lettre d’Adieu que laisse notre fille Joanne (17 ans 10 mois) à son « Roméo » (25 ou 26 ans).
Le 16 mai 1986 arrivait dans ce monde un joli poupon ; tellement beau que toute la clinique en était émerveillée. Sages-femmes, infirmière, personnel divers se pressaient devant la vitrine où on l’avait exposée sur un écrin ; comme un bijoux très précieux.
Très vite, Joanne s’est révélée comme une enfant particulière ; si mignonne qu’elle n’avait qu’à sourire pour embobiner tout son monde.
Jeune enfant, des cheveux bouclés lui arrivant à peine aux épaules (déjà un Ange), elle s’est révélée d’une nature extrêmement sensible. De sa voix cassée, elle nous régalait des chansons de Patricia KASS (originaire de notre région ; nous sommes de Forbach 57). Dès sa prime adolescence, douée pour l’écriture, elle rédigeait des poèmes qu’elle ne se lassait pas de nous lire. Artiste accomplie, nous lui avons offert pour ses 15 ans, un orgue, acheté à bon prix dans une brocante. Dès lors, il ne s’est pas passé un jour sans qu’elle ne joue ; autodidacte, elle a même composé quelques morceaux, aujourd’hui perdus pour l’éternité.
Joanne fût un personnage. Que ce soit en classe où ailleurs, elle n’hésitait pas à prendre la défense de l’opprimé. Nous sommes allés à la rencontre des gens qu’elle a connus, des lieux qu’elle a fréquentés ; partout les commentaires ont afflué en ce sens. Un jour, avec son argent de poche (10 €), elle emmène un SDF dans un bistrot et lui paie un sandwich et une bière ; ce n’est qu’un exemple.
Ce 17 mars, par amour pour son « Roméo », qui n’a pas compris combien elle pouvait l’aimer ! … elle a mis fin à ses jours … par le train.
La veille, nous avons fêté l’anniversaire de sa sœur ; quelle joie de vivre se dégageait de sa personne ; elle riait, plaisantait ; elle a mangé et bu plus que de raison. Nous étions heureux de la voir comme cela … et puis … l’heure d’aller se coucher … elle regarde sa petite famille une dernière fois, embrasse son père qui sommeillait sur le fauteuil, sur le front, et regagne sa chambre. C’est là ! qu’à 00 heure 47, elle commence sa lettre d’adieu à J….., par cette phrase : « La nuit hante mes yeux, je ne voulais que boire à ses lèvres ».
Au petit matin, son frère la réveille ; mais elle ne descend pas comme d’habitude ; elle évite tout contact avec les siens ! Papa est au lit ; il ne va pas tarder à ce lever ; il entend un bruit de porte ; un bruit pas comme les autres, qui lui broie l’estomac ; mais il ne sait pas ; non il ne s’imagine pas ! Il presse le pas ; dévale les escaliers et, trouve Joanne, accroupie, tirant sur la fermeture éclaire de sa bottine, les yeux rivés vers son géniteur. Mais papa ne sait pas ; il ne saura que trop bien. Il embrasse la prunelle de ses yeux, qu’il accompagne d’un « bonne journée ma chérie, à ce soir ».
10 heures 47 ; le 17 mars 2003 ; le train passe et emmène avec lui un bonheur qui semblait éternel, tant notre petite famille (3 enfants) était perçue, vue de l’extérieur, comme un clan.
Ma petite Joanne, ton père porte un tatouage te représentant, sur son épaule gauche ; IL Y AURA AU MOINS UN HOMME QUI T’A DANS LA PEAU.
Voilà l’histoire synthétisée de Joanne ; alors pourquoi vous l’adresser à vous « LES FOUTEURS DE JOIE », quels interlocuteurs plus sérieux que vous puis-je trouver, dans ce monde triste et gris, où le sentiment, l’amour, n’ont plus beaucoup de place. Je suis en colère ; mais j’aimerais que notre épreuve serve ; je suis au service des adolescents malheureux, incompris ; je ne pourrais pas faire grand-chose ; mais au moins prêter une oreille ; écouter les jeunes ; les prendre au sérieux. SECOUONS NOUS !
Pourquoi vous ? Parce que Joanne vous a rencontré le 09 août 2002, accompagnée de sa sœur Doriane. Vous avez bu un verre ensemble ; vous leur avez proposé de dîner ensemble, mais cela n’a pu se faire ; Doriane devait s’occuper de son chien, resté seul à LANDIVISIAU (29). L’un de vous lui a répondu « qu’on ne lui avait jamais encore fait ce coup là ».
De retour de Bretagne, Joanne n’a pas cessé de passer votre CD 6 titres, acheté lors de votre représentation donnée au café de L’Aurore à MORLAIX. Il s’agissait notamment de la soirée de clôture du festival des arts de la rue. Vos chansons ont, dans un premier temps inondé notre maison ; puis, le jour des obsèques l’une d’entre elle « … le cœur au bord des lèvres … », a été passée lors de la messe. Toute l’assistance a été touchée, tant les paroles lui collaient à la peau.
Désormais, toute la famille au sens large, vous connaît à travers vos chansons. Nous avons même prénommé notre tortue « LOLA ».
Joanne mérite une chanson ; à défaut, nous élevons un hymne aux « FOUTEURS DE JOIE ».
J’aimerais Joanne t’élever une stèle ; composer une chanson ; mais … je ne suis ni poète ; ni musicien ; je ne suis pas artiste. Ta mère et moi sommes les géniteurs d’une jeune fille exceptionnelle et que nous aimons pour …l’ETERNITE.
François ZAMBITO BANYULS SUR MER (66650)
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