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Antonio Cauchois, passion Théâtre...

mercredi 15 février 2006, par simone redon

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Antonio Cauchois, comédien, metteur en scène, passionné par le théâtre, l’art et le genre humain, nous a consacré de son temps pour parler de son travail. Rencontre avec un artisan au regard franc et enjoué, pétillant reflet d’une âme riche et ouverte.

Ancien bijoutier joaillier, c’est à 35 ans qu’Antonio Cauchois débarque dans le spectacle, il commence par la réalisation d’un court-métrage et assez vite suit des cours d’art dramatique aux ateliers de Michèle Lambert puis d’Elisabeth Depardieu. Il joue dans de nombreux films au cinéma, à la télévision. Sa rencontre avec Bernard Meunier, ami de plus de 20 ans lui fait découvrir d’autres voies d’accès à l’interprétation, à la mise en scène…

Qu’est-ce que Artisanal théâtre ?

- Artisanal Théâtre est une compagnie créée par Bernard Meunier, en 1989, qui a réellement le souci du travail artisanal : quelque chose d’appris, de transmis, de poli, qui est à refaire, qui n’est jamais terminé, de l’ordre de l’idée de chef d’œuvre des compagnons. C’est vraiment l’état d’esprit, en opposition au fast food culturel ou aux grandes messes cultureuses dans lesquelles on ne se reconnaît pas. Artisanal Théâtre est axé sur la structure même du théâtre qui a pour vocation de s’occuper d’intervention dans les écoles, les quartiers, d’avoir un lieu théâtral (« La Boutique » au Perreux-sur-Marne)… Que je me trouve au Perreux ou ailleurs, j’ai toujours essayé d’insérer le tissu social dans un spectacle, ne rien négliger, c’est ce que font les hommes de théâtre depuis longtemps, même si certains ont perdu la vocation originelle. L’exemple de Nanterre a été un gros travail sur la population, ramener, créer un public, Chaillot a fait ça, Avignon a fait ça, travailler vraiment avec les gens, ne pas seulement dire : « Venez, là, on y fait de Grandes Choses ! »

Vous faites souvent un « mélange » entre comédiens professionnels et non comédiens ?

- Ces dernières années, j’ai eu la volonté d’insérer, même à la dernière minute, même pour une seule fois, des amateurs, des non comédiens. Nous avons monté un spectacle appelé « Place des Rêveurs », dont le propos était : Place des Rêveurs, arrive un homme accompagné d’un enfant qui est peut-être un autre lui-même. Nous avions « cloné » tous les hommes de cette pièce, je jouais dedans, mais ils me ressemblaient tous, ce pouvait être différents âges de ma propre vie. J’avais un plateau de 30 personnes, une fanfare de village, une danseuse de Hip Hop, des lycéens… et tous ces personnages s’entrecroisaient et essayaient de converser et petit à petit, l’amalgame les rassemblait tous, ça gagnait le public. C’était plusieurs mois de travail pour un seul soir de représentation parce que la volonté était, dans ce travail, d’aller dans les quartiers de travailler avec les gens, de les sensibiliser, de leur dire « même si vous ne participez pas directement vous participerez puisque le spectacle n’existe que si vous êtes là », je n’ai eu la totalité des intervenants que quelques heures avant le spectacle. C’était éphémère et ça a eu cette beauté d’exister justement parce qu’il n’y avait qu’une représentation et ce mélange, avec l’ossature des comédiens professionnels, ceux que j’appelle « ma troupe », qui me suivent qu’il y ait de l’argent ou pas, qui répondent présent depuis des années.

N’y a t il pas eu de demandes pour continuer ?

- Curieusement on se heurte à des problèmes d’un autre niveau : les politiques avaient montré peu d’intérêt contrairement aux acteurs socio-culturels. Les politiques se sont dit « ça a marché , peut être que l’on peut refaire d’autres choses… », C’était revenu à leurs oreilles et avait éveillé leur intérêt. Je pense à la difficulté pour moi de monter des spectacles. J’ai commencé ce métier à 35 ans, avec un passé artistique et un passé d’entreprise. J’ai donc rencontré beaucoup de gens, des gens qui auraient pu se servir s’il y avait eu un plan de carrière de ma part, mais je n’ai pas suivi cette voie j’ai préféré rester indépendant et là où j’aurai pu monter 15 spectacles, j’en ai monté beaucoup moins, c’était plus long, et j’ai monté les spectacles sur mon argent propre ou celui de la compagnie avec quelque chose de l’ordre de l’enthousiasme, de la foi, de la conviction.

Votre démarche vit essentiellement des rencontres ?

- Même si aujourd’hui le théâtre est devenu un art plus mineur, ça sert avant tout à rassembler des êtres humains très différents, il y a un rassemblement de choses très éparses, donc d’humanisme, d’ouverture, c’est quelque chose d’universel : apporter aux êtres, des idées, des choses que eux ont à reconstruire, à refaire et qui va dans le sens de la liberté de penser, liberté d’imaginer, liberté de faire.

On est dans un temps où on parle d’une pièce qui n’est pas encore écrite mais on sort un livre pour nous dire ce qu’elle va contenir, de même on nous envoie au spectacle, on nous file un petit livret expliquant la pièce que l’on va voir parce qu’on n’est pas aptes à comprendre. Il faut que les gens puissent aller puiser eux-mêmes ce qu’il y a dedans, ce qu’ils veulent, on n’a pas besoin de tout leur mâcher, ils ne sont pas idiots !

Si vous nous racontiez un peu l’histoire de « Zweig, Montaigne ou Carnaval du Crépuscule »…

- Maintenant, c’est devenu une longue histoire ! Le début se situe à un moment de mon existence où je faisais beaucoup de télévision avec ce sentiment de ne plus très bien savoir ce pourquoi je le faisais, si ce n’était que pour l’argent, bien sûr aussi, mais je n’y trouvais plus tout à fait mon content. J’étais dans une crise au-delà de la quarantaine, comme ça arrive à plein de gens, je n’avais pas réglé certaines choses… Après plus de 60 épisodes d’un feuilleton de Marcel Julian « Beau Manoir », j’ai décidé d’arrêter. J’ai quitté une autre série, à la même époque et me suis mis au vert pendant deux ans. J’ai repris contact avec Marcel Julian parce qu’il avait produit un Marquis de Sade et je voulais le scénario qui était très intéressant, c’était son point de vue d’historien. Il a refusé ! (plus tard il m’a expliqué que le film avait été un flop terrible, qu’il avait dû vendre ses biens pour payer le film, c’était trop douloureux). Mais il m’a dit : « je vais vous envoyer un autre scénario… voyez ce que vous pouvez en faire… » Je reçois ce texte, c’était énorme, tellement riche j’avais peur de ne pas savoir qu’en faire, c’était trop intelligent pour moi… pendant deux mois, le texte est resté sur le coin de ma table, avec mes interrogations de tous les matins : que vais-je devenir dans l’existence ? et que vais-je faire de ce texte ? Et puis, un matin, le rideau se déchire, c’était à maturation et je jette la structure de la pièce noir sur blanc. J’appelle Olivier Léonetti avec qui j’ai l’habitude de travailler sur des scénarios, des adaptations, il accepte, je demande à Marcel Julian qu’il soit là aussi et nous avons travaillé à la rédaction, ça a duré presque trois ans avant qu’il n’y ait une lecture à Paris.

Tout le monde avait de grosses ambitions pour ce spectacle, chacun avait une idée d’acteur, il y avait quelqu’un à qui ça plaisait, c’était Michel Aumont mais il avait un calendrier surchargé, on a écrit à plein d’acteurs de renom qui n’ont pas répondu pour la plupart, le texte est retourné aux oubliettes, mais pas pour moi. J’avais dit à Marcel « le jour où ça devra se faire, ça se fera ». Il y a trois ans, j’ai travaillé au théâtre Berthelot de Montreuil-sous-Bois, j’ai parlé avec les gens du théâtre, fortuitement au cours d’une conversation, j’ai demandé comment fonctionnait le théâtre, puis j’ai dit que j’avais un texte, je donne le titre « Zweig Montaigne ou le Carnaval du Crépuscule », Annie Kebadian me dit que ça l’intéresse, je lui apporte le texte, elle le lit et dit « Il faut le monter ! » « oui, mais on fait comment ? » « Eh bien nous, on t’offre le théâtre » On se met au travail, on devait monter le spectacle mais quelque temps avant, Marcel Julian décède, on a reporté d’un an. On a fait une première session en septembre, qui a permis de mettre en place, de voir ce qu’il fallait changer, de prendre en compte le départ d’un comédien etc. de toute façon, à chaque session le spectacle bouge, j’ai horreur de figer les choses….

Depuis tout cela, on a allègrement passé une quinzaine d’années, depuis ma première rencontre avec Marcel Julian, une des premières moutures du spectacle a été lue en 95… pour être jouée en 2005, depuis il y en a eu 3 ou 4 !

Très honnêtement, quand le théâtre Berthelot m’a dit « Il faut le monter », je me suis demandé si j’en avais encore envie… j’avais très peur mais ce qui était bien pour moi, c’est que j’avais maturé d’autres choses sur la réflexion, une certaine symbolique qui m’intéressait. Quant au point de vue de mise en scène, entre l’écriture et à présent, on a évolué.

Et couper le texte de Marcel Julian n’a pas été trop douloureux ?

- Marcel nous a appris : « ne coupez pas les petits bouts, taillez dans la masse ! » Donnons envie de voir autre chose, gardons l’essentiel. Ce qui a conduit Marcel Julian à écrire ça, c’est de mettre en avant la pensée de Montaigne. Quelques heures avant sa mort, Marcel m’a dit « tu sais, Montaigne, ça m’a porté, ça a éclairé mon existence ». Je crois que dans le spectacle que l’on voit aujourd’hui, le personnage le plus important n’est pas Zweig mais Montaigne.

Au fil de toutes ces années d’écriture, imaginiez-vous la mise en scène comme elle est devenue ou très différente ?

- Oui, la mise en scène, on a eu une fois l’aide au projet rejetée, peut-être à cause de ma mise en scène trop imprégnée dans le texte. Elle était dans un langage très cinématographie, parce que je suis d’une culture cinématographique plus que théâtrale, je suis passé par le dessin, la sculpture, je fonctionne en image. La mise en scène avait juste des petites choses différentes, c’était un plateau vide, (ça ne veut pas dire qu’elle ne se montera pas comme ça, j’utilise le lieu dans lequel je suis), il y avait un escalier tournant qui semblait ne jamais finir. Je voulais que cet escalier soit monté sur une structure et qu’on puisse le déplacer dans l’espace, il n’y avait rien d’autre que l’éclairage et l’escalier. Quand on a décidé de le monter on avait le théâtre Berthelot, l’idée de l’escalier ne se prêtait pas au lieu, le théâtre a une structure en béton, comme un porche avec 2 portes, comme c’est un théâtre à gradins, il a quelque chose d’un théâtre à l’antique avec une profondeur qui permet tellement de choses que je ne voulais rien toucher de ça. Si l’on me donne un autre lieu, un autre caractère, c’est le lieu qui fixera ce qu’on va mettre dedans. Peut-être est-ce le fait de jouer devant les cathédrales de la culture et non dedans qui m’a donné cette souplesse. Le décorum n’est pas le plus important.

pour aller voir la pièce : Zweig Montaigne ou le Carnaval du Crépuscule

Notre invité en quelques Titres

- Un Film  : Les Portes de la Nuit de Marcel Carné
- Une pièce : Le Refuge de James Sauders, belle émotion
- Un Livre  : Au Théâtre le Diable c’est l’Ennui de Peter Brook
- Une chanson : Caravane de Raphaël ou Double Enfance de Julien Clerc
- Un Tableau : Le Portrait de Soutine de Modigliani
- Une Sculpture : Camille Claudel qui n’a pas eu le succès qu’elle méritait, dans un monde d’hommes, elle n’a pas eu la reconnaissance.
- Un plat - Oronges à la crème avec Filets de Sole ou mieux, langouste cuite au champagne…

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