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Armand Salacrou

2006

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Biographie

NAISSANCE ET PERSONNALITE Né le 9 août 1899 à Rouen, Armand Salacrou arrive au Havre en 1902. Bien que son enfance soit heureuse, il éprouve des émotions violentes qui influenceront sa personnalité. « Vers cinq ou six ans, un soir d’orage, j’étais dans un petit jardin de Normandie. Je reverrai toute ma vie ses hortensias. Il pleuvait. C’est là où j’ai eu le sentiment de la mort, non pas de ma mort personnelle, mais de la mort en général. Et j’ai trouvé cela absolument révoltant, et je n’en suis jamais revenu ; d’ailleurs si je n’avais pas eu cette révolte devant la mort, je crois que j’aurais fait une carrière politique. A huit ans, j’ai eu la révélation du théâtre, devant une boîte de carton, dans laquelle une petite fille avait collé des décors d’Épinal. Je tremblai devant cette boîte beaucoup moins vide que des maisons entières. (L’amour du théâtre. Correspondances). Conduit par ses parents au Grand Théâtre du Havre, il est frappé profondément par le spectacle de Carmen de Bizet et du Faust de Gounod. On m’avait ouvert une porte mystérieuse ? J’avais glissé ma petite tête d’enfant sérieux entre des nuages, et les secrets du monde s’étaient laissés surprendre. ». En 1910, c’est au Havre « l’affaire du syndicaliste Durand, anarchiste innocent, tombé dans un traquenard policier, accusé d’un crime, condamné à la peine de mort. Gracié, quand la grâce arrivera, Durand était devenu fou... Dans mon cœur, je prenais parti pour les emprisonnés, pour ceux qu’on affolait de chagrin… ». Cette année là, Armand Salacrou commence l’étude du piano et plus tard de la composition musicale avec Léon Dufy et découvre les œuvres peintes par le frère de son professeur, Raoul Dufy. De là son goût particulier pour la peinture.

UN ETUDIANT ENGAGE Il fonde les « Jeunesses socialistes » à l’hiver 1916. Cette même année L’Humanité publie son premier conte, L’Eternelle chanson des gueux, suggéré par la vision bouleversante d’un misérable émigrant en gare du Havre. Dans sa chambre, il n’a depuis deux ans qu’un seul portrait, celui de Jean Jaurès. Il monte à Paris en 1917 pour entreprendre des études de médecine qu’il abandonnera finalement pour suivre des études supérieures de philosophie dont il sort diplômé en 1921. Suivront également des études de droit. Durant toute cette période il passe une bonne part de son temps à fréquenter les surréalistes, les théâtres et les peintres. Il y débute une extraordinaire collection de tableaux et, surtout, commence à écrire des pièces.

UNE CARRIERE RYTHMEE PAR LA GUERRE Puis, il devient journaliste : il entre à L’Humanité en 1921 et y restera un an. Il se marie en juin 1922. Il se consacre alors au cinéma. Il travaille successivement comme assistant metteur en scène aux Cinés-Romans puis pour les Films Louis Palpas. Il quitte le cinéma en 1928 sur les conseils de Charles Dullin qui veut monter une de ses pièces et lui offre le Secrétariat général de sa revue Correspondances. Cette rencontre est décisive et lance sa prolifique carrière dramatique. En 1929, Armand Salacrou lance sa première campagne de publicité en créant le concept de la Publicité moderne. Ses pièces se créent. Patchouli en 1930, la Vie en Rose, Atlas-Hôtel (1931). Une Femme libre, Les Frénétiques (1934). L’Inconnue d’Arras (1935). Un homme comme les autres (1936). La Terre est ronde (1938). Histoire de rire (1940). Mobilisé en 1940, il est fait prisonnier près de Brest le 18 juin et s’évade le jour même. Il est démobilisé à Toulouse, en juillet. Entré au « Front National », mouvement de résistance créé par le Parti Communiste, en 1942, il participe à la rédaction et à la diffusion de la presse clandestine. Il s’engage ensuite dans les Forces Françaises libres sous le nom de Lecacheux. En 1944 à la Libération, il accepte de prendre temporairement la direction de l’Odéon aux côtés de Jean-Louis Barrault.

APRES GUERRE ET CONSECRATION En février 1946, Gaston Defferre, ministre de l’Information, lui propose la Direction générale de la radio. Il hésite et finit par refuser et s’en va écrire Les Nuits de la colère. Cette année là, il est promu Officier de la Légion d’Honneur. Les Nuits de la colère sont créées à Paris, au théâtre Marigny, par Jean-Louis Barrault, puis à Milan en 1947 par Giorgio Strehler lors de l’inauguration du Piccolo Teatro. Elu Président du Comité exécutif de l’Institut International du théâtre en 1948, il en démissionne au début de l’année suivante. Il est élu à l’Académie Goncourt en 1949. Il rencontre Yves Robert au cabaret « la Rose Rouge ». Rencontre capitale, comme le furent celles de Jean-Louis Barrault et de Charles Dullin qui meurt en décembre. Il écrit de nouvelles pièces dont : Les Invités du Bon Dieu, Sens interdit (1951), Le Miroir, Une femme trop honnête (1952), Boulevard Durand (1958-1959) qui est publiée en 1960 avant d’être créée au théâtre. L’Union des Syndicats C.G.T. du Havre, rend publiquement hommage à Salacrou pour Boulevard Durand, pièce qu’elle qualifie de « courageuse et émouvante,... respectant la vérité historique ». Le Conseil municipal du Havre, à l’unanimité, décerne la Grande médaille de la Ville à Salacrou, à l’occasion de la parution de Boulevard Durand. Sa dernière pièce La rue Noire sera jouée en 1976. Ses pièces triomphent dans de nombreux pays. Il est aussi le dialoguiste de la Beauté du Diable de René Clair et il participe à l’adaptation cinématographique d’Histoire de rire par Marcel Lherbier. Il a également écrit de nombreux articles et essais. Ses mémoires, Dans la salle des pas perdus sont publiées en deux tomes : Le premier C’était écrit en 1974 et le second Les Amours en 1976. Il meurt au Havre, dans sa Villa Maritime le 23 novembre 1989.

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