mercredi 12 novembre 2003, par simone redon
Toutes les versions de cet article :
"En descendant de Belleville vers République, presque à l’angle de l’avenue Parmentier et de la rue du Faubourg du Temple, on trouvait dans les années cinquante un marchand de musique qui vendait des chansons imprimées (des "formats"), des harmonicas, des guitares pas chères et des disques.
A l’époque, chez le disquaire, on pouvait encore, en se collant des écouteurs en bakélite sur les oreilles, écouter le disque qu’on allait acheter. Les disques, c’était des 78 tours, une chanson par face. C’est là que j’achetais les chansons de Félix, qu’on découvrait chaque semaine à la radio, dans des émissions comme "Reine d’un Jour". Car Félix, à peine débarqué, cornaqué par le génial Canetti, fut propulsé vers la gloire en chantant dans les spectacles de variétés qui accompagnaient ces populaires émissions de radio. Tout le monde connaissait "Moi, mes Souliers" et "Le P’tit Bonheur".
C’était un des premiers qu’on entendait chanter tout seul avec sa guitare (le premier fut sans doute Stéphane Goldman). Bien avant Brassens qui faisait ses classes chez Patachou. Une voix étonnante qui véhiculait des images d’un Canada mythique, lointain et cependant « français » comme on disait alors.
Félix, je ne l’ai jamais vu ni rencontré, sinon à travers ma dizaine de 78 tours (Polydor) usés jusqu’à la corde par les aiguilles en acier.
C’est avec ces chansons-là et ma guitare en contreplaqué (achetée en promo chez Beuscher) que j’ai commencé à chanter devant des gens qui me prenaient volontiers pour un canadien, car j’en rajoutais un peu dans l’imitation. Le public, c’était celui de la Roulotte, une troupe de théâtre amateur composée de jeunes gens de toutes origines dont les seuls points communs étaient d’habiter le 11ème arrondissement de Paris et de bien aimer s’exprimer.
Plus tard, j’ai fait mes propres chansons et crû oublier Félix. Mais on n’oublie pas Félix ni les chansons qui ont porté vos débuts.
Mes vieux 78 tours ont disparu dans la tourmente des années. C’est une grande perte car on y entendait Félix seul avec sa guitare mystérieuse. Depuis, on l’a affublé (ou s’est-il affublé lui-même ?) d’arrangements musicaux bizarres. Il n’existe pas, à ma connaissance, de repiquages de ces 78 tours.
C’est donc un Félix à ma façon qu’on entendra ici. Exercice périlleux… mais volontairement simple, voire minimaliste, dans l’arrangement pour lui rester fidèle.
Je dédie cet enregistrement aux amis de la Roulotte, perdus de vue, disparus, dispersés aux quatre vents : à la jeunesse quoi…" François Béranger.
En vente sur le site www.futur-acoustic.fr depuis l’été.
album précédent "Profiter du Temps" François Béranger