lundi 30 septembre 2002, par simone redon
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Bernadette, écorchée vive s’exprime à travers une poésie dépouillée et directe. Elle va droit à l’essentiel, ses mots assemblés sont justes, acérés et profondément vécus. Elle collectionne les prix de poésie avec un naturel semblant plein d’assurance. Les jurys reconnaissent son talent.
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vous savez, je suis entrée en poésie comme d’autres en religion. J’ai beaucoup travaillé la prose, en atelier d’écriture pendant trois ans : le récit, la nouvelle… j’ai beaucoup écrit et peut-être en avais-je un peu assez de l’écriture longue, qui demande un certain courage, peut-être suis-je paresseuse et que l’envie d’avoir une satisfaction immédiate d’écriture je l’ai trouvée dans la forme du vers libre, du poème court, ramassé avec un mot complètement concentré, gorgé mais en même temps explicite. Le mot qui évoque plus qu’il ne dit.
Vous savez, je n’ai pas beaucoup de retour des lecteurs, bien sûr on me dit « c’est super ce que tu écris » , je ne sais pas ce que les gens comprennent, il y a toujours une ambiguïté mais on ne me parle pas du fond, alors ont-ils compris ou pas… en général c’est toujours la même thématique, ça se rapporte à l’enfance, à la mémoire. Le lecteur comprend mystère, équivoque, ambiguïté, ça me suffit, c’est pas littéral, le contresens ne va pas me gêner s’il y en a. Parfois, il m’est arrivé de dire des poésies dont je sais l’ambiguïté et les gens ne comprenaient pas tout de suite : quelqu’un m’a dit, par exemple : « tiens ta poésie, j’avais pas compris, c’est ma fille qui l’a lue et m’a dit : c’est un viol » donc j’ai l’impression que la compréhension n’est pas forcément accessible tout de suite.
Je suis presque plus contente quand on me parle de la forme. Toute cette histoire, tout a été écrit, ce qui m’intéresse, c’est comment on le dit, comment on peut renouveler le genre à chaque fois.
Cette histoire, même si la mienne est un peu plus chargée que celle des autres, peut-être… ce qui me fait plaisir c’est quand on me parle de la manière dont je l’ai écrite. Je suis dans un milieu de spécialistes, on me parle de la manière, de mon amour du rejet, de l’enjambement, ma manière de créer un mystère en ne donnant pas le vers entier, en allant à la ligne, les mots à double sens etc… mais encore une fois j’ai rarement à faire au lecteur, et puis j’ai souvent été déçue par les réactions : « c’est bien, c’est émouvant ».
Exutoire, Exorcisme, Exsudation. J’écris avec mon sang, j’ai découvert, avec le temps que ça évacue mais ça ne soulage pas et parfois ça fixe encore plus, je n’ai jamais été autant dans mon enfance que depuis que j’écris. Pendant un moment j’avais espéré que ce serait un exutoire parce que me souvenir de mon enfance n’est pas très drôle… Exorcisme serait mon souhait Exsudation, cette idée de sueur…
Non, en ce moment je travaille sur trois recueils, j’ai tellement de choses à dire ! Je suis du côté des damnés et des bannis de la terre, l’étant ou l’ayant été moi-même. En fait, ce qui m’intéresse le plus, c’est le fait de créer, l’exaltation, je l’ai dans la création.
Bernadette Behava a publié plusieurs recueils dont « l’Hirondelle Bleue aux éditions Hélices « Mirages d’Antan », Prix du recueil Poétique 99 « Les amis de Thalie » et vient d’être récompensée pour « Mots de Mémoire »
Rien ne peut mieux raconter Bernadette que ses poésies. Elle en a choisi trois, découvrez là, cliquez ici :
Errance
Hommage
Aube