jeudi 11 octobre 2001, par simone redon
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Créée en 1862, la Compagnie Cotonnière (COPACO) est devenue la filiale commerciale de Dagris –Développement des Agro-Industries du Sud - groupe français public, créé en 1949, dont la vocation est le développement de la culture du coton et des produits dérivés : huiles alimentaires, nourriture pour animaux, produits cosmétiques etc. Dans le coton, tout est bon !

Lors de notre visite chez Dagris, nous avons appris à connaître le coton et son cheminement depuis l’Afrique jusqu’à la salle de classement, oû, privilégiés que nous sommes, Jean-Yves Le Bourge et ses collègues nous ont parlé de l’Art du classement du coton dont dépend la réussite commerciale.
Après la récolte, le coton est transporté au marché. Sur place une première sélection qualitative est faite. Une fois le coton acheté au paysan, devant les sages du village, il est transporté à l’usine d’égrenage. Il faut en effet séparer la fibre de coton et les graines. Cette opération terminée, le coton est compressé et stocké sous forme de balles pesant chacune un peu plus de 200 kg. De chacune de ces balles est prélevé un échantillon, qui donne une image représentative de la balle qui servira à évaluer sa qualité.
Lorsque l’on pénètre dans la salle de classement de la Compagnie Cotonnière, après avoir affronté les embouteillages de Paris sous la pluie, avoir suivi un dédale de couloirs et d’escaliers, traversé des bureaux oû les ordinateurs branchés sur les cours du coton, les sonneries de téléphones et les ’ traders à en pleine activité montrent un univers trépidant, on prend conscience d’être ’ Ailleurs à.
L’atmosphère est différente : la température ambiante d’une salle de classement est de 21 ? précisément, 65% d’humidité et un éclairage réglementé recréant la lumière du jour et la diffusant de façon uniforme. Et puis règne ici, une odeur, agréable et chaleureuse qui vous enveloppe et vous attire.
Enfin des centaines de casiers en bois de hêtre courent le long des murs, plus ou moins remplis de rouleaux de papier bleu contenant chacun les fameux échantillons de coton. C’est beau et chaleureux !
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- En quoi consiste le métier de classeur de coton ?
Pour exercer notre métier, il faut apprendre à toucher les cotons, à les regarder et à les apprécier, enfin nous nous engageons sur la décision de classement.
- Comment apprend-on ce métier presque inconnu de classeur ?
C’est un métier qui se transmet de classeur en classeur. Il peut s’apprendre dans des écoles cotonnières, mais il s’apprend surtout sur le terrain de production, dans les salles de classement …
- Et vous, quelle a été votre formation ?
Pour ma part, je suis allé sur le terrain, dans divers pays d’Afrique, d’autres ont travaillé dans des salles de classement, les visions sont peut-être différentes : celui qui a la vision sur le terrain, sur le lieu de production va sans doute essayer de défendre à fond l’intérêt du producteur, celui qui est dans la salle de négoce est plus là pour conforter le jugement des autres classeurs.
- Selon quels critères peut-on classer le coton ?
Par rapport à des références internationales, ici, par exemple le standard universel a été constitué par les Etats Unis. Auparavant, les producteurs de coton venaient avec leur échantillon chez le filateur en disant : ’ J’ai produit 300 balles de coton, voilà les échantillons à, les filateurs prenaient les balles de coton qu’ils souhaitaient et écartaient les autres. On s’entendait sur le prix et l’affaire était faite. C’était visuel. Maintenant, les affaires se traitent par téléphone, un langage universel est indispensable.

- Que se passe-t-il quand l’échantillon arrive dans cette salle ?
Tout d’abord, il est ouvert et doit ’ respirer à 24 heures avant de procéder à l’analyse, on pourrait dire qu’il doit être ’ chambré à. Le premier classement est visuel : la couleur, la brillance… Ensuite le classement est tactile : on touche, on t‚te pour voir le taux de charge c’est à dire le degré d’impureté que peut contenir la fibre, on étire la fibre entre le pouce et l’index des deux mains pour en évaluer la longueur, la résistance. On doit prendre en compte la propreté du coton. Rien n’échappe au classeur : l’origine, la maturité, le traitement subit…
- Vous disiez vous engager sur un classement ?
C’est la qualité du coton qui est jugée. Si le classement est mal fait cela peut jouer de 10 à 15 centimes le kilo ou même le refus de balle. Ni le filateur ni le producteur ne sont satisfaits. Notre métier est une angoisse des deux côtés, on prend un engagement vis à vis d’une origine, vis à vis d’une destination, on le prend sur une matière qui parfois n’est pas produite, qui va l’être dans les mois qui viennent, dans une logique de marché qui sera peut-être totalement différente quand on devra livrer le coton… on ne maîtrise pas les risques politiques, les grèves dans les ports.
- La technologie peut-elle remplacer le classeur ?
Imaginons que vous preniez un vin : il y a le travail de l’œnologue, je ne veux pas comparer notre travail à celui de l’œnologue mais il y a quand même un lien. C’est comme si vous preniez une machine qui va mesurer le degré d’alcool, mesurer le degré de rouge… vous avez tout un tas de données mais aucune machine ne décrira le goût et la personnalité d’un vin ! pour le coton aucune machine ne permet de dire ’ ce coton-là a du caractère ! ou bien ça va plaire à untel ! à parce qu’en fait il faut avoir la connaissance de la matière et de ceux qui vont l’utiliser.
- Après avoir exercé ce métier de classeur, vous êtes devenu ’ trader à ?
Les classeurs doivent évoluer. Celui qui arrivait en blouse blanche, donnant son avis sur le coton et qui n’intégrait pas trop sa vision de la chose dans la globalité de l’affaire n’a plus beaucoup d’avenir. Par contre il faut des gens qui aient une bonne vision du business et un sens du classement. Il faut également connaître les cultures des gens avec lesquels on travaille, c’est un monde très humain !

Jean-Yves est vraiment passionné par son métier et conscient de ses conséquences il a le souci permanent de ne léser personne. En conclusion il nous a dit :
’ C’est un métier passionnant, angoissant mais passionnant, on fait des bonds la nuit… mais on a cette chance de travailler sur une matière qui a tellement de choses derrière elle ! à
Pour mieux connaître cet univers du coton et l’histoire de Dagris, rendez-vous sur le site www.dagris.fr/
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5 questions à l’invité : |
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