aviation, passion, action
jeudi 9 août 2001, par simone redon
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Le corps des infirmières volantes de l’armée française a plus de 50 ans d’existence. L’une de ces infirmières, Geneviève de Galard, est plus connue du grand public par son héro&itrema;sme lors d’événements à Dien Bien Phu en 1954.

Ce service créé après la libération a son bureau des opérations à Villacoublay, sur la base aérienne, oû règne la bonne humeur, c’est là que nous avons rencontré Brigitte, Yvette, Coralie Muriel, Nathalie Anne...
Comment devient-on Convoyeuse de l’Air ?
(Muriel) La condition sine qua non est de posséder le diplôme d’état d’infirmière, ensuite le recrutement se fait par concours d’entrée dans l’armée.
(Yvette) C’est un petit concours dont on n’entend pas beaucoup parler le délai de dépôt des dossiers est très court, donc il y a peu de candidats.
(Nathalie) il faut être vraiment très motivé et beaucoup travailler car il n’est pas facile.
(Brigitte) C’est par hasard que j’ai entendu parler de ce concours, mes parents étaient d’ailleurs très inquiets pour moi, pensant que mon tempérament n’allait pas forcément avec la discipline de l’Armée.
(Muriel) Un ami de la famille venait souvent seul à la maison, sa femme était convoyeuse et donc à chaque fois il nous disait Marie est à Los Angelès, Marie est en Afrique, Marie est ailleurs.... Marie est toujours partie.

Et vous, vous avez voulu "être toujours partie" ?
(Muriel) oh oui ! et ça marche...
(Yvette) Moi j’aimais beaucoup l’aéronautique et j’ai cherché quelque chose qui allie mes deux passions.
Quel est votre statut ?
(Brigittte) C’est un statut d’officier de réserve en situation d’activité, la retraite arrive après 15 à 20 ans d’exercice.
Avez-vous une passion pour l’Avion ?
(Nathalie) Chaque fois que je décolle, je suis impressionnée par la force qui nous catapulte, on se dit : "qu’est-ce qu’on est mieux là que en bas, en voiture dans les bouchons ! "
(Brigitte) le Transal est mon préféré, j’ai débuté avec cet avion, les airbus sont très confortables, mais on ne peut partir en mission avec un airbus.
Pendant les vols on a beaucoup de plaisir, on voit les paysages, quand on vole à basse altitude, c’est magnifique. On ne se lasse jamais des vues. On décolle de Paris, oû il fait mauvais, et passée la couche nuageuse le spectacle n’est jamais le même.
Etes-vous entrées dans l’armée par raison ou par passion ?
(Brigitte) Les deux : Ce métier, que nous exerçons par passion, n’existe nulle part ailleurs, il n’est pas limitatif puisque les militaires, par définition, sont les premiers sur le terrain. Nous avons toutes entendu parler de Geneviève de Galard, qui a eu un rôle de femme bien déterminé et a fait un travail extraordinaire !

Quelle sont votre rôle et votre mission exacts ?
(Brigitte) Nous faisons partie de l’équipage des avions avec la spécificité médicale qui est la nôtre associée à un travail "d’ hôtesse ", au niveau de la sécurité. La mission première c’est l’évacuation sanitaire par exemple Coralie hier est allée en ex-yougoslavie pour une pathologie urgente, deux heures après des militaires français, à Prague ont eu un accident de voiture, l’avion a décollé dans la foulée, voilà nos types de missions. Un appel on décolle que ce soit pour des militaires, des civils, toutes les urgences, services pédiatriques, greffes etc... L’équipe est prête en permanence et les avions prêts à partir. Ensuite de la mission aller-retour simple à l’évacuation de ressortissants, de réfugiés, qui peut durer plusieurs mois, savoir expliquer la sécurité si nous savons qu’il y a des enfants nous prévoyons jouets et couches culottes, nous sommes le petit plus. Les ressortissants ou les réfugiés sont déjà dans une situation de stress, prendre l’avion en plus ... nous sommes là pour les aider.
Et puis il y a les mises en alerte : les convoyeuses sont prêtes et attendent le signal du départ, l’attente dure parfois quinze jours, elles n’ont qu’une envie c’est de partir.
(Yvette) les ’ mises en alerte à, ont quelque chose de palpitant, c’est souvent un nouveau pays et quand on arrive sur place il faut savoir comment évaluer la situation, mettre en place la structure sanitaire, savoir oû on va coucher le soir etc. sur place nous travaillons avec les équipes médicales, nous ne sommes vraiment seules que dans l’avion.
Quand vous devez convoyer des réfugiés, vous devez rencontrer des problèmes de communication, de langue ?
Un peu d’anglais, le langage des mains et le sourire font le reste. Nous devenons un repère rassurant dans ces situations angoissantes.
Et puis pendant le vol, les enfants s’expriment en dessinant. Ils comprennent très vite les situations et les font ressortir par le dessin, ils sont impressionnants...sans doute de réalité !
Pour les réfugiés, en cas d’évacuation importante, le fait d’être secourus par des militaires les rassure ou les inquiète encore plus ?
(Brigitte) Le fait d’être habillé en militaire n’a jamais semblé être un sujet d’inquiétude pour eux, quand aux ressortissants français devant quitter un pays d’insécurité, inutile de vous dire qu’ils sont plutôt contents de nous voir.
L’une de vous doit accompagner les voyages présidentiels ?
(Brigitte) c’est moi..., c’est assez particulier en fait, le président voyage avec une suite, des hommes d’affaires, des ministres, des chefs d’entreprises, qui présentent certaines pathologies, les avions sont médicalisés, il faut du matériel et des ’ petites mains à pour assister le médecin du président.
C’est toujours la même ?
Il faut une certaine expérience professionnelle, une certaine discrétion, un minimum de compatibilité de caractère, donc c’est souvent la même. Je viens d’avoir un bébé et j’ai un peu arrêté les vols, c’est donc Yvette qui a assuré ces missions. Ce sont des gens qui se déplacent beaucoup qui ont beaucoup de choses à penser, dans l’avion, ça se passe par ’ transmission de pensée à il faut prévenir les demandes et c’est plus facile quand il y a des habitudes. Cela simplifie beaucoup les choses. Le commandant de l’escadron, par principe choisit le chef des stewart, le chef des convoyeuses etc.
Qu’est-ce qui vous fait aimer ce travail ?
(toutes) la diversité, l’imprévu est palpitant, il n’y a jamais deux missions identiques, on a beau se raconter nos expériences, aucune ne se ressemble ! c’est en fait le prolongement du métier d’infirmière.
Est-il facile de garder une vie de femme ?
(Brigitte) Je suis la chef des convoyeuses et donc je dois moins me déplacer, je viens d’avoir un bébé, je fais plus de gestion maintenant mais en cas de conflit, pour montrer l’exemple : je pars ! j’aime bien aussi partir avec les jeunes, les nouvelles arrivées pour faire un peu de formation et puis, le travail de bureau c’est pas mon truc. Quand il y a une alerte, j’ai vraiment envie de partir.
Etes-vous perturbées par les missions dramatiques, la misère du monde que vous cotoyez sans cesse, est-ce facile à "digérer" ?
(Muriel) Cela dépend, il ne faut pas comparer la vie ici et ailleurs, ils sont bien chez eux.
(Brigitte) Les infirmières travaillant dans les services cancérologie en France ne doivent pas avoir meilleur moral que nous. C’est un état d’esprit d’emblée, le peu qu’on apporte, c’est du positif, on fait le maximum. Quand on va quelque part ça veut dire que certains vont être aidés. On est encore plus optimistes quand on voit ce qui se passe ailleurs on prend plus conscience que l’on vit dans un pays en paix, confortable, avec des supermarchés, du choix.
(Yvette) Quand vous rentrez d’un mois à N’Djamena et que vous allez faire vos courses au Auchan, c’est fou d’avoir le choix. Reprendre sa voiture le lendemain, il faut quelques jours pour se réadapter.
(Muriel) Au Rwanda, après plusieurs mois dans la poussière, rentrer prendre un bain avait quelque chose de magique ! la mousse surtout... le fait d’avoir une salle de bain avec l’eau à l’intérieur...
(Coralie) la serviette de bain qui sent bon, avoir une assiette propre, des couverts propres...
(Yvette) et manger un yaourt frais, quel luxe !! Quand on part on ne sait jamais sur quoi on tombe donc on découvre au fur et à mesure...
Le luxe d’apprécier les choses en fin de compte c’est peut-être ça : être toujours à la merci de...
(Brigitte) Pire !
Avez-vous du mal à supporter les gens qui se plaignent facilement ?
Quand on voit les enfants ici, dans nos familles, qui débordent de jouets et qui en réclament plus encore, on sait qu’ailleurs leur seul bien pour longtemps c’est un T shirt...troué.
Quand vous voyagez pour vos loisirs, êtes-vous stressées ?
(Brigitte) Non mais on voit vite les erreurs,
(Yvette) on vérifie, par réflexe, si le gilet de sauvetage est en place, il est arrivé de ne pas en trouver...
(Muriel) en fait on ne dit rien, on sait oû est la sortie !!
(Coralie) Quand on est hospitalisées ou que l’on rend visite à l’hopital, c’est terrible aussi, on ne dit pas ce que l’on fait dans la vie, mais c’est difficile de ne pas s’ennerver quelquefois...
Vous êtes une équipe très soudée et solidaire !?
(Brigitte) Oui, il y a radio-potins ! quand l’une de nous a un problème de voiture, de maison etc. il y a toujours quelqu’un pour donner un coup de main. Nous sommes soudées mais un peu comme dans les autres corps professionnels.
Que faites-vous pendant vos vacances ?
(brigitte) c’est l’occasion de sortir, d’aller au cinéma, de pratiquer ses activités favorites, il y a les brodeuses, les mangeuses, les bricoleuses... Coralie est nageuse sauveteuse en mer dangereuse, les escrimeuses et les skieuses nous rapportent coupes et médailles... Même si nous apprécions toutes les vacances, c’est avec une impatiente curiosité que nous reprenons le travail.
Quelques liens utiles :