jeudi 9 août 2001, par simone redon
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Tout de même, le déplacement vaut le coup : Lionel HERMOUET, costumier, va nous faire partager sa passion durant quelques… lignes… photos à l’appui : diverses réalisations, mannequins costumés dans son appartement etc…
Fils unique, Lionel devait se débrouiller pour s’occuper une nette tendance à jouer avec des bouts de chiffons, cette envie de travailler le tissu il semble l’avoir toujours ressentie. Plus tard, avec d’anciens doubles rideaux et autres matériaux de récupération, il a fabriqué des costumes pour ses amies, ensuite il a suivi des études qui le conduisaient vers les métiers de la mode mais sa passion pour le spectacle l’a fait bifurquer vers le métier de costumier. Il a travaillé pour le Thé‚tre National de Bretagne, à l’Opéra, sur le film "Ridicule", sur le téléfilm "Les Misérables", entre beaucoup d’autres choses.

- Costumier, c’est un métier que l’on croit connaître, si on y réfléchit, on peut se demander la différence entre costumier, créateur, habilleur ?
On travaille en collaboration avec le créateur, celui-ci définit une idée générale de la silhouette d’un personnage. Le créateur recherche les matières même si nous l’aidons à trouver des solutions techniques, ensuite le costumier organise le travail de l’équipe et réalise le costume d’après la maquette du créateur. Ensuite, pendant le tournage ou les représentations sur scène, c’est l’habilleur ou l’habilleuse qui prend le relais.
- Vous êtes costumier, pour le théâtre, le cinéma ?
Pour tout ! je suis intermittent du spectacle, donc indépendant, je ne suis pas attaché à un atelier, ce qui me permet de cibler différents secteurs d’activités : le théâtre, la télévision, la danse, l’opéra, le cinéma… ce que j’aime c’est surtout cette diversité de secteurs qui est source de mon expérience et qui lui donne sa valeur.
- Vous avez travaillé sur le téléfilm "Les Misérables", diffusé sur TF1, combien de costumes ont été créés ?
On a fait la création des rôles, pour "les Misérables" il y avait environ 50 à 80 créations, ensuite on travaille avec des stocks, malheureusement on en trouve très peu en France, le créateur de costumes et son assistante se déplacent en Autriche, en Italie pour choisir. Quand les costumes arrivent, notre travail consiste à construire le costume avec les pièces que nous avons : environ 1500 à 2000 costumes. Nous montons les costumes lors des séances d’essais d’habillages.
- En fait, votre travail s’arrête quand tout commence ? !
Nous nous arrêtons lors de la première pour le théâtre, et quelques temps après le début des tournages pour les films. Ensuite ce sont les habilleurs qui s’occupent des costumes.
- Comment est née, je crois que l’on peut parler de "cette vocation" ?
J’ai toujours voulu faire ça, à la campagne je n’avais pas beaucoup d’enfants de mon ‚ge autour de moi, comme j’étais très manuel, je m’amusais beaucoup avec des bouts de chiffons. Plus je grandissais, plus je voulais continuer dans cette voie là, j’ai toujours aimé le spectacle et plutôt que styliste j’ai préféré continuer dans le spectacle même si ma formation me destinait plus aux métiers de la mode. Je ne regrette surtout pas car j’ai beaucoup appris en technique. Quand on veut aller vers la création il faut posséder une grande connaissance technique. Même quand on travaille dans un atelier on a notre part de création.
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- Il peut vous arriver un jour de passer côté mode ?
Les deux milieux sont assez cloisonnés, ce ne sont pas tout à fait les mêmes techniques. Pour une robe du soir, avec drapé etc. ou un costume avec drapé, ce ne sont pas du tout les mêmes techniques. Mais participer à la création d’une collection m’intéresserait beaucoup.
- Comment envisagez-vous votre avenir ?
Mon ambition c’est de toujours évoluer dans ce métier, je travaille depuis 7 ans et tout a évolué assez rapidement. Pour être créateur il faudrait que je laisse tomber le côté technique et pour l’instant je n’en ai pas envie. Il faut sans arrêt s’adapter à la situation ce sont d’incessantes remises en question, la routine n’existe pas.
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- Comment évolue cette profession ?
Beaucoup de jeunes arrivent dans ce métier, plus de filles, mais ceux qui restent longtemps sont plutôt les garçons, les intermittents du spectacle doivent accepter d’être sans sécurité d’emploi même avec les assedics, les lendemains restent incertains. C’est aléatoire et c’est un peu les rencontres et les co&itrema;ncidences qui font avancer. Les projets peuvent s’annuler d’autres arrivent… Il faut un peu de temps pour faire sa place…
- Qu’est-ce qui vous plait le plus dans ce que vous faites est-ce le travail de préparation ou le moment du résultat final ?
C’est tout le travail de préparation, j’aime beaucoup le moment du dialogue avec le créateur de costumes, c’est une sorte de fusion souvent dans l’urgence pour des problèmes d’argent, on est obligés d’aller très très vite, c’est un climat particulier -on ne pourrait pas tenir 12 mois sur 12- mais cela fait aller plus vite à l’essentiel après, l’essayage avec les comédiens, ça aussi c’est intéressant. En fait c’est un travail d’équipe : le concepteur, le metteur en scène, quelquefois, le comédien ou la comédienne, le costumier, l’habilleur…
- Que peut dire le comédien ?
Il a une idée précise de son personnage et de la façon dont il va le jouer, si on lui impose un costume dans lequel il ne se sent pas bien, c’est difficile pour lui, à partir de là il y a tout un côté technique : nous étions partis du dessin, il faut l’interpréter d’après une coupe d’époque, d’après la morphologie du comédien ou de la comédienne, même si on respecte une coupe d’époque, les morphologies ont complètement changé depuis des siècles il ne faut pas que ça devienne ridicule, il y a une harmonie à respecter.
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- Il y a aussi les contraintes du support : on ne travaille probablement pas pareil pour le film que pour le spectacle vivant ?
Pour un film on va s’occuper beaucoup plus des détails, en cas de plans rapprochés ; alors que pour le thé‚tre on va s’occuper beaucoup plus d’un rendu global, il y a une certaine distance entre le comédien et le premier spectateur, on s’attache plus à la silhouette mais aussi on va donner de l’importance aux détails pour qu’il y ai un rendu sur scène, on tient compte aussi des lumières et quelques fois des décors.
- Vous préférez travailler sur les costumes d’époque, futuristes ?
Je préfère le costume d’époque, bien que dans les pièces contemporaines c’est aussi très intéressant, il faut apprendre à ne plus penser costume, avoir du recul par rapport à notre métier, penser à d’autres solutions. Sur "Femme de Troie", avec le Théâtre National de Bretagne, les personnages sont très déstructurés, c’est un autre univers avec des costumes intemporels. On doit trouver d’autres techniques par exemple travailler le Latex et quand on sait les utiliser cela peut servir pour les costumes classiques. Le mélange des techniques donne beaucoup de résultats, par exemple en rapidité d’exécution.
- La magie du spectacle peut-elle vous atteindre ?
Oui, tout dépend de ce que l’on vient de vivre ou de l’état dans lequel on est, mais bien sûr, la magie du spectacle, quand elle est là, m’atteint. Parfois on est un peu trop critique quand on regarde un spectacle, mais quand on approfondit on a un point de vue plus objectif.
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5 questions à notre invité : |
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