jeudi 26 février 2004, par simone redon
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- Guy, Qu’est-ce qui vous plait dans ce métier ?
Les contacts humains, rencontrer différentes sortes de personnes, d’horizons différents et d’être un peu le psy de service. Les gens se confient beaucoup, je pense que c’est parce qu’il y a le contact de la main !
- C’est le contact de la main qui fait que l’on se confie ?
Oui, ça rapproche parce que déjà, on ne se laisse pas toucher par n’importe qui !
- La douleur ne donne pas vraiment le choix et à priori quand on va chez le médecin ou le kiné…
Quand on va chez le médecin, il vous ausculte rapidement, vous donne un traitement et c’est fini. Chez le kiné , vous avez par exemple 10 séances, donc vous le voyez dix fois dans un laps de temps relativement court, forcément il se crée une certaine intimité… je ne sais pas si c’est ce contact physique qui fait que le lien se créée ou si c’est plutôt la répétition de la relation…
- Votre femme, kiné en milieu hospitalier, ou votre collègue ont-ils ce même contact ?
Mon collègue je dirais oui parce que l’on est en libéral, à l’hôpital c’est encore différent mais il peut s’établir ce genre de lien, ma femme travaille avec des personnes âgées, en gériatrie, ce n’est pas tout à fait pareil mais quand elle travaillait en rééducation, avec des jeunes, il y avait ce genre de rapport, avec des gens accidentés encore plus que nous je pense. Ils sont traumatisés et ont besoin d’être réconfortés dans leur récupération physique, et à travers cette récupération physique ils vous livrent d’autres choses.
- Et ça, vous l’apprenez à l’école de Kiné ?
Pas du tout ! Peut-être que tous les kinés n’ont pas le même rapport, par exemple, dans notre cabinet, quand les gens viennent, ils disent que l’ambiance est sympa, c’est jeune et ça rigole, ce n’est peut-être pas partout pareil. Il y en a souvent qui passent pour faire un petit coucou, on n’avait pas prévu de « faire ça », c’est peut-être dû à nos personnalités. J’ai travaillé dans d’autres cabinets où effectivement j’apportais ce côté « déconne », mais quand je suis parti, ce n’était plus pareil, il m’arrive d’y retourner, mais ça fait très « médical » ! les gens viennent se faire soigner, ils patientent dans la salle d’attente, alors que moi je passais dans le couloir, je chantais, donc ça donnait une ambiance plus détendue…
- Les gens souffrent beaucoup, ça vous plait de les soulager ou bien c’est une technique…
Non, ça me fait plaisir effectivement quand le patient sort de chez moi en disant que ça va mieux. Faire 10 séances à quelqu’un qui me dit que c’est toujours au même stade qu’avant, c’est un peu frustrant !
- Ça arrive souvent ?
Pas forcément mais la personne qui arrive en disant « ah la la, vous savez, j’ai vu 23 médecins, 12 professeurs, 15 kinés, aucun ne m’a rien fait ! », déjà vous savez que si vous arrivez à faire quelque chose, cela tiendra du miracle… seul le relationnel fera que la personne se sentira mieux ou pas. Il faudra essayer de comprendre la personne, au-delà de ce qu’elle a, il faut établir un relationnel qui va faire que la personne se sentira en confiance et commencera à se sentir mieux. Nous n’avons pas la prétention de faire mieux que 23 médecins, 12 professeurs et 15 kinés !
- Votre cabinet est apaisant, et puis, le côté rire et blague fonctionne très bien ?
Bien sûr, à partir du moment où vous arrivez à faire sourire ou quand vous remontez le moral des gens, ça fait une partie du travail Je suis allé au pot de départ à la retraite d’une de mes patientes, j’ai croisé d’autres patients à moi qui racontaient « c’est notre kiné, c’est sympa leur cabinet, il y a toujours une bonne ambiance ». C’est l’image qu’ils ont du cabinet, c’est déjà bien que les gens retiennent ça !
- En fait, ce n’est pas votre travail que vous aimez, c’est les gens !
Oui, oui, j’aime beaucoup les gens ! Je peux faire 10 massages dans la journée, aucun ne se passe pareil ! Ce ne sont ni les mêmes personnes, ni les mêmes lieux, ni les mêmes conversations, je peux masser toute la journée, c’est à chaque fois différent !
- Vous dites changer de lieu, vous soignez à domicile ?
Entre trois et cinq fois par jour, en ce moment. Souvent des personnes âgées ou des gens qui viennent d’être opérés, ce sont des soins très simples. C’est différent du cabinet, les gens sont chez eux, je n’ai pas mon matériel, il faut que je m’adapte au lieu, à la disposition du lit, et puis le téléphone sonne, ils décrochent et parlent pendant dix minutes, et j’attends, ils n’ont pas la même notion du temps que quand ils viennent au cabinet.
- Pourquoi avoir choisi de vous installer en libéral ?
Quand j’ai terminé mes études, j’ai tout de suite travaillé en libéral, après, c’est difficile de redevenir salarié. Quand on débute et qu’on fait des remplacements on a le choix entre libéral et hôpital. Quand on veut travailler en milieu hospitalier il faut postuler, cv entretien etc. en hôpital vous êtes affecté dans un service, si c’est en gériatrie, vous ne voyez que la gériatrie, ou la pédiatrie etc. après ce sont des choix de vie, en libéral les horaires ne sont pas simples ; ma femme travaille en hôpital, elle est à la maison à 16 heures. Elle est en gériatrie, ce n’est pas facile comme service, elle n’est pas sûre de revoir ses patients le lendemain.
- Quand on choisi de s’installer en libéral, c’est un investissement, y a t il une nombre imposé de kiné au km2 ?
Il n’y a pas de quota pour l’installation d’un cabinet mais tous les ans, il y a un nombre précis de kinés qui ont leurs diplômes, après ils s’installent où ils veulent. Certains appareils coûtent très cher, tous les ans on va au salon de la kiné, on s’équipe selon les pathologies que l’on rencontre et, selon nos prix. Il faut bien cibler la clientèle, il ne faut pas investir si on n’a pas la clientèle.
- Si vous deviez changer de métier, serait-ce pour devenir imitateur, j’ai entendu dire que vous étiez doué ?
J’ai toujours plus ou moins imité les voisins, ça faisait beaucoup rire ma mère, ça vient comme ça ! Je fais ça tout le temps, j’aime beaucoup les Simpson, je fais Homer mais aussi Giscard, Galabru, Cantona, Papin ou Serrault dans « la Cage aux Folles »…
Votre plus grande passion ?
Les courses de chevaux, j’aurai un cheval de course... un jour !
Votre dernière grande émotion ?
Les naissances de mes filles
Votre plus grande aversion ?
Les enfants victimes de violences familiales
Une cause que vous aimeriez défendre ?
Les gens qui n’ont pas le respect pour les "petites gens"
Ce qui vous manque le plus ?
Le Soleil !