dimanche 22 juillet 2001, par simone redon
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Pétulante, exubérante, abondante, fougueuse, passionnée, sensible aux autres, amoureuse de la perfection, bavarde… les qualificatifs ne manquent pas pour la raconter. Isabelle ne nous laisse pas volontiers lui poser des questions…elle ne peut s’empêcher de raconter la passion qu’elle voue à son travail et nous entraîne dans le tourbillon de son quotidien, l’œil partout, elle ne surveille pas, elle veille…son travail est sa vie et sa vie est sa passion !
Technicienne de l’imprimerie, manage un bureau de conception et fabrication de plaquettes, journaux d’entreprise, cartes de visite, affiches…
Après avoir passé 30 ans dans le sud et dirigé une imprimerie pendant 7 ans, Isabelle est venue à Rennes en se disant : "plus jamais d’imprimerie !"Jacques revient souvent dans la conversation :
- Cela ne vous plaisait plus ?
Si mais l’investissement avec les nouvelles technologies est trop important,nos cartes de visites sont originales, nous travaillons avec des dessinateurs de renom qui sont copiés, rançon de la gloire, certains disent : Copier ça va tuer la créativité, par exemple un grand couturier a décidé de sortir uniquement 50 exemplaires, il les vend tout de suite, le reste ne sont que copies. La seule façon de lutter contre la copie c’est d’être présent, on n’enlèvera jamais le plan humain et quelqu’un qui est toujours là, toujours présent a moins de chance d’être copié.
- Comment les avez-vous rencontré ces dessinateurs ?
En fait ce sont des amis de Jacques, c’est une sorte de famille, je les connais depuis très longtemps…
- Qui est Jacques ?
J’ai connu Jacques quand j’étais étudiante et caissière à Casino pour payer mes études. Un jour il m’a dit ’ pourquoi n’essayez-vous pas de faire autre chose, moi je travaille dans une boîte de pub, vous devriez venir faire un essai en tant que VRP à, j’ai passé mes trois semaines de vacances à l’agence où j’ai fait le meilleur chiffre, j’ai laissé mes études de français et langues que je ne faisais pas, d’ailleurs je ne voulais pas être prof ayant tendance à vouloir que l’on comprenne avant que j’explique !

- Vous êtes donc restée dans cette agence
Oui mais on a eu vite fait de réduire mon « territoire » d’action. Les autres VRP de la boîte ne voulaient que de « gros » clients alors que moi, j’avais tous les quartiers pourris mais un client était un client petit ou gros, je prenais tout et à ce régime là j’ai ramené un très bon chiffre. Un autre problème, je vendais plus de publicité qu’il n’y avait d’espace. J’ai arrêté de travailler avec cette agence et je me suis dit pourquoi travailler pour les autres ? donc avec Jacques nous avons commencé à faire de l’imprimerie.
- Mais qui est Jacques ?
A l’origine il était photograveur dans l’agence, il m’a appris, puisque j’aime bien apprendre alors que rien ne me destinait à l’imprimerie sauf qu’à l’école j’aimais beaucoup le papier, les crayons, les livres… et nous avons fait des annuaires de commerçants en photocomposition, on faisait aussi un agenda une fois par an. Il y a 20 ans ça représentait un travail énorme, maintenant on pourrait diviser le temps par 3 ou 4. Le temps qu’on y passait : fabrication, agrafage, distribution etc… quand j’y pense, c’était du délire, pas étonnant qu’on ne gagnait rien… plus jamais ça !
- C’est là que vous avez terminé l’apprentissage de votre métier ?
Non, c’est là que j’ai commencé, d’ailleurs, je n’ai pas fini !
- Donc, vous avez continué avec Jacques ?
Après on faisait des affiches pour des peintres, Jacques étant dessinateur il avait plein d’amis dans le milieu, … donc Jacques aime bien mettre des choses en route mais comme c’est un artiste, gagner de l’argent ou pas n’était pas grave et quand le projet avait abouti, lui était déjà passé à un autre ! entre temps on a fait des concours de dessin pour les écoles, toute la clientèle coopérait pour les concours, mais ce n’était toujours pas très rentable et puis comme on en faisait toujours trop…. On avait le problème général des artisans : quand on fabrique on ne prospecte pas, quand on prospecte on doit ensuite passer beaucoup de temps à fabriquer…
- Vous avez quand même fini par trouver un moyen de gagner de l’argent ?
On faisait des plaquettes, des affiches, et puis en 1983, on a commencé les cartes de visite pré-imprimées de dessins originaux d’artistes connus, nous étions les premiers à proposer ce genre de cartes, si on avait eu un bon gérant on aurait pu faire fortune avec ça. Les modèles étaient imprimés d’avance, vierges de texte, il y en avait 40, Jacques s’occupait de voir avec les dessinateurs, les dessins à créer, moi je m’occupais du photo montage, de la gravure. Nous avions des concessionnaires dans plusieurs départements, quand ils voulaient des cartes on leur livrait et à charge pour eux de trouver un imprimeur typo sur place.
- Vous continuez toujours de travail là ?
Oui mais pas du tout dans les même conditions : Le gérant de l’époque a déposé le bilan, du jour au lendemain, j’avais des employés, mon carnet de commande était plein, je travaillais sur un projet, avec Jacques qui avait une maison d’édition de cartes postales, nous devions être distribués par Hachette. Et plus rien de possible, au tribunal, on m’a dit : mais pourquoi vous ne remontez pas quelque chose ? Je payais les fournisseurs sur mes fonds, j’étais très en colère, ce qui est inadmissible c’est que les clients qui ne payaient pas le gérant, me payaient moi !

- Donc vous avez remonté une société ?
Pas tout de suite, le plus gros problème, mis à part le fait de manger, c’était les concessionnaires qui eux allaient se retrouver sur la paille, moi j’ai perdu sept années de travail alors que je comptais revendre mon imprimerie et m’installer en Bretagne. Après 18 mois de péripéties diverses, je suis devenue gérante de A.Régie, les concessionnaires étaient fidèles, en général ceux qui s’arrêtent c’est pour partir à la retraite. J’ai mis deux ans pour me remettre de tout ces déboires mais depuis six ans nous remontons.
- La compta, les clients, les fournisseurs, la fabrication etc… comment allier tout cela avec une vie de famille ?
Seule avec trois enfants, je n’ai pas le choix, mais je crois que l’investissement dans mon travail a porté ses fruits, les enfants m’aident aussi dans mon travail, plutôt avec plaisir !
- Quelle est la prochaine aventure ?
Arriver a assurer un minimum d’assise où l’on a un peu moins à compter. Je voulais que le travail soit
très ordonné, je me suis battue contre moi-même pour responsabiliser mes salariés, avant je refaisais la nuit ce qu’ils faisaient le jour, et puis savoir vraiment de quoi on est capable et d’être sûre de moi, cela gagne du temps… pour privilégier le client gentil, le plan humain est à mes yeux le plus important. Je travaille avec un imprimeur, quand je suis arrivée il y avait 40 salariés, maintenant ils sont 10 et même si c’est quelque fois plus cher, ils sont tellement gentils, irréprochables, que je préfère travailler avec eux.
- Choisir ses clients, ses fournisseurs est un luxe ?
J’y trouve un luxe dans ma manière de vivre : c’est le luxe de pourvoir travailler uniquement avec ceux avec qui j’ai envie de travailler. Il m’est déjà arrivé d’arrêter de travailler avec un client parce que depuis le début, rien ne fonctionnait, des erreurs, des fautes… je lui ai dit, il l’a fort bien compris.
- Comment appelez-vous votre métier ?
Responsable de fabrication , de façon vague, je suis dans l’imprimerie, conseil, en fait on commence à être une petite agence de publicité, ou de communication. Finalement ce sont plein d’anciens métiers qui sont regroupés et pas encore nommé !
Votre plus grande passion ?
Une personne
Votre dernière grande émotion ?
Premier bébé
Votre plus grande aversion ?
médiocrité
La cause que vous aimeriez défendre ?
La cause des enfants
Qu’est-ce qui vous manque le plus ?
ma passion !