mercredi 8 août 2001, par simone redon
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- Comment avez-vous appris votre histoire ?
Je me voyais comme mes parents, je pensais leur ressembler et puis un jour, avec ma mère adoptive, nous avons croisé une amie et sa fille, nous devions avoir un douzaine d’années, nos mères en ont parlé, sur le ton de la confidence. Quelques jours plus tard, ma copine m’a dit : "tu sais ce ne sont pas tes vrais parents, tu as été adoptée ! " Alors, j’ai commencé à me regarder dans les miroirs, effectivement mes cheveux n’étaient pas comme les leurs - surtout que mon père avait plutôt le type allemand ! mes yeux étaient sombres… J’ai attendu d’avoir 19 ans, juste avant de me marier, pour poser la question.
- Depuis le temps que ça vous trottait dans la tête, ça a dû être un moment difficile ?
J’entendais mes parents se disputer : "il ne faut pas lui dire, il ne faut pas qu’elle le sache" disait mon père. Ma mère n’était pas d’accord, elle voulait me le dire tout simplement parce que, il arrive que la couleur saute plusieurs générations et j’aurais pu avoir un enfant de couleur, elle voulait me prévenir mais mon père ne voulait pas en entendre parler ! quand je demandais à ma mère elle me disait d’aller voir mon père qui me renvoyait vers elle… j’ai donc abandonné jusqu’à mes 19 ans.
- Qui êtes-vous allée voir ?
- Mon père, je m’en souviendrai toute ma vie, mais je pensais être en droit de savoir : "Papa, est-ce que j’ai été adoptée ?" et là mon père a pleuré : "non, non, tu es Ma fille !" puis il m’a raconté. ça a dû être très difficile pour lui aussi. J’avais été "coupée" de la culture Malgache depuis mon arrivée en France, pour lui, j’étais sa fille et j’étais française ! d’ailleurs, peu avant sa mort il m’a donné son assentiment pour que je retourne là-bas mais il m’a dit "si tu retournes à Madagascar, n’oublie pas que tu es française ! "
- L’accord de vos parents était important pour vous ?
Ils ne pouvaient pas avoir d’enfants et ils avaient très peur que je retrouve ma famille naturelle et que éventuellement je les quitte pour cette famille. Quand il m’a dit : "vas-y !" , que j’ai enfin eu son accord, j’y suis allée, sinon je ne sais pas si j’y serais retournée un jour.
- Vous avez été adoptée à 3 ans et ? , avez vous des souvenirs d’avant ?
Non à part les quelques films de mes parents, aucun souvenir réel sauf un : la taille des étoiles ! on croit pouvoir les attraper là-bas, elles sont très grosses. Mon père me disait que je confondais peut-être avec les lucioles, mais j’ai eu cette même impression quand j’y suis retournée.
- Vous avez pu rencontrer votre mère naturelle ?
- Oui, quand j’y suis allée pour la première fois, il y a trois ans mais ça ne s’est pas bien passé. Je pense que c’est dû à l’adoption car si on apprend que sa mère naturelle est vivante, on idéalise beaucoup on se fait une idée, elle devient un être parfait mais imaginaire ! On se retrouve face à face avec une personne étrangère. Quand j’ai vu ma mère naturelle, qui était métisse, je trouvais que je ne lui ressemblait pas ! Elle m’a bien reçue quand même, chez elle. Je lui ai posé des questions sur ma naissance, elle parlait très bien français, et elle m’a dit : "je ne me souviens plus bien de toi", ce qui fait toujours plaisir… elle m’avait fait adoptée et pour elle j’étais partie, la page était tournée.
- Vous avez des frères et sœurs naturels, vous les avez rencontrés ?
Nous sommes une fratrie de 10 enfants, donc une mère seule et des enfants de partout, aucun ne se ressemble car certains ont le type indien, d’autres asiatique ou africain, une de mes sœurs, que j’ai retrouvé l’année dernière, est beaucoup plus "française" que moi, je suis typée asiatique, c’est amusant, ma sœur pense que j’ai eu plus de chance qu’elle parce que j’ai été adoptée, mais elle, elle a eu la chance d’aller à l’école là-bas et elle parle et écrit le malgache couramment. Elle a vécu la culture Malgache.
- Que fait elle ?
Elle travaille à la Réunion. Elle était venue en France pour me retrouver malheureusement ayant porté le nom de mes parents adoptifs, sa recherche a tourné court, ce qui est incroyable c’est qu’elle est venue, en région parisienne, à deux villes de chez moi ! Ensuite elle est repartie du côté de Lyon oû elle a vécu avec son fils pendant deux ans mais elle avait le mal du soleil, beaucoup de mal à supporter le climat et est repartie à la Réunion. Elle a travaillé dans le bâtiment.
- Comme secrétaire ?
- Non, non, dans la maçonnerie ! Elle voulait que je vienne à la Réunion pour la rencontrer mais comme j’ai ma fille adoptive à Madagascar c’est là que nous nous sommes rencontrées… l’année dernière.
- Et les autres frères et sœurs ?
L’argent gâche les relations soit à cause de la jalousie soit l’intérêt, étant Française, j’ai plus d’argent qu’eux , nous n’avons pas les mêmes notions, un de mes frères veut que je lui envoie une voiture ou 30 000 francs, comme ça ! Une de mes sœurs de type indien m’a dit : "tu es blanche, tu es riche, tu n’es pas ma sœur !"
- Et le pays, quel effet vous a-t-il produit ?
Je suis née là bas, je fais partie de la dix-neuvième ethnie, les enfants nés sur le sol malgache sont reconnus comme étant de la 19ème ethnie. Quand j’arrive à Madagascar et que je montre mon passeport, il passe entre toutes les mains : je suis née là-bas ! si j’ai un problème on va m’aider, si je n’étais pas née là-bas il me faudrait attendre plus longtemps ! J’ai vu des choses… quand nous sommes là-bas nous sommes Malgaches. Les français là-bas ont un comportement très ’ supérieur à, ce qui s’est passé en 1960 ne leur a pas servi de leçon, ils continuent à parler aux ’ boy à d’un ton de propriétaire et de se moquer de leur pauvreté ! l’argent donne de l’assurance … le niveau culturel ne suit pas forcément ! Quand on demande aux gens comment ils peuvent accepter de voir des gamines de douze ans faire le trottoir, ils répondent c’est leur gagne pain, elles n’ont pas d’autres solutions.
- C’est un des pays les plus pauvres de la planète ?
Oui, on côtoie vraiment la misère. J’ai emmené quelqu’un au dispensaire, voyant une gamine mal en point, je demande ce qu’elle a au père, elle était tombée sur les dents. Il venait de loin pour la faire soigner. Il faut ensuite payer le médecin qui fait l’ordonnance puis payer la pharmacie, il n’a pas pu payer n’ayant pas prévu assez d’argent ! (pour eux 25,00 francs équivalent à une semaine de nourriture).
- Les enfants vont-ils à l’école ?
Il y a deux sortes d’écoles : l’école malgache, école d’état, les parents doivent pouvoir payer les fournitures, il y a souvent une seule maîtresse pour plusieurs niveaux, si les parents ont besoin des enfants un jour d’école, les enfants restent à la maison. Ensuite il y l’école pour les enfants de commerçants, de fonctionnaires, qui, eux, peuvent payer, souvent des écoles religieuses, catholiques ou protestantes, et puis le top : l’alliance française, c’est le haut de gamme, n’y vont que les enfants riches, c’est de l’ordre de 25 francs par mois, il faut payer les fournitures, la blouse… Certains enfants ne vont pas du tout à l’école car les parents n’ont pas les moyens de payer le cahier, le crayon, la gomme…
- Quel est le régime politique à Madagascar ?
- C’est la "République Démocratique Malgache " d’ailleurs, je me demande pourquoi mettre ’ démocratique à, comme au Cambodge ou au Vietnam, il est de notoriété publique que la conception de la démocratie est différente pour certains ! C’est un régime dit Socialiste. Mais c’est un pays très pauvre oû règnent un grand manque d’hygiène et la corruption.
- Le tourisme commence à arriver à Madagascar ?
Tant que l’on ne rendra pas le pays touristique ce sera difficile : imaginez qu’il y a l’équivalent de notre "Tour Eiffel", là-bas, ça s’appelle "Le Palais de la Reine". Des états et des organismes on donné de l’argent pour que cet endroit soit entretenu, qu’il y ait des guides… Ma sœur et moi avons voulu visiter , les deux guides ne tenant pas debout n’ont jamais pu faire leur travail, tant que ce sera comme ça, le tourisme ne se développera pas et puis toujours cette question sans réponse "qu’est devenu l’argent ?"
- Vous y retournerez bientôt ?
J’y vais au mois d’avril, ma sœur se marie, j’aimerai y trouver du travail et m’installer là-bas. J’aime Madagascar, Je ne me sens pas appartenir à ma famille d’origine mais à la terre de Madagascar, vraiment !
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L’invité(e) en cinq questions : |
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