jeudi 20 février 2003, par simone redon
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C’est peu de temps avant de mourir, en 1998 que Malhia fait appel à Christian Pays - ancien vice président de Dior, directeur général de Lacoste avant d’avoir sauvé K-way de la faillite… - celui-ci, moyennement intéressé, découvre 50 000 échantillons de tissus représentant 50 années de mode, cette « tissuthèque » est un patrimoine qu’on n’a pas le droit de laisser disparaître ! Christian Pays le dit lui-même, il travaille par plaisir et par passion, il a repris l’atelier de création Malhia, l’a développé et a multiplié le chiffre d’affaire par 15 !
C’est avec un plaisir mêlé d’étonnement émerveillé, que Christian Pays nous raconte « Malhia, les Plus Beaux Tissus du Monde » :
« Quand Malhia m’a demandé de reprendre sa société, j’ai dit : je veux bien mais vous continuez à créer, elle avait donné son accord mais 15 jours plus tard elle est tombée malade et deux mois après j’étais seul et pas créatif ! »
- Comment avez-vous trouvé des créatifs justement ?
J’ai écris à toutes les écoles du monde pour trouver une styliste et j’ai reçu des centaines de CV et je me suis demandé comment choisir entre une Japonaise, une Africaine etc… Plutôt que d’en prendre une et la payer très cher, j’ai décidé d’en embaucher une vingtaine, moins payées, mais ça va tourner ! Les filles restent 6 mois, un an, elles repartent, vont finir leurs études, elles reviennent, c’est formidable pour la création, c’est un merveilleux vivier ! Ensuite, elles retournent dans leur pays et continuent de travailler avec nous, nous exportons dans les quatre coins du monde. Au mois de janvier, nous avons été sélectionnés pour un film de Harry Potter, je ne sais même pas comment !
Tout au long de la visite de son atelier de création, Christian Pays égrène avec gourmandise autant les origines des jeunes stylistes que nous voyons au travail : une Mauricienne, une Indienne, une Tchèque, une Hongroise, une Japonaise, une Chinoise, une Allemande, une Colombienne et même une Afghane, un Vietnamien, un Philippin… que les noms de ses prestigieux clients : Lacroix, Versace, Balmain, Chanel, Ferraud, Gucci, Valentino, Vuitton…
- Vous faites la création de tissus, pas la fabrication ?
Si, nous faisons la création, puis, à partir de ce poste informatique, qui permet de digitaliser un tissu, de faire un croisement de fil, nous envoyons ces données par Internet, dans nos usines du côté de Lyon.
- Et la matière, il faut beaucoup de choix pour la création, la fabrication ?
Nous avons 11000 sortes de fils différents, nous sommes la société qui avons le plus de fils fantaisie puisqu’on a 350 tonnes de fil . On profite de cet environnement ultra international, pour faire des choses extraordinaires. Nous avons fait un partenariat avec Guillet-fleur pour la haute couture, on a mélangé notre technique de tissage et sa technique de fabrication de fleurs et ça fait des choses phénoménales ! Nous sommes également les seuls à tisser les paillettes à l’intérieur des tissus, d’habitude elles sont brodées.
- Vous travaillez à la commande ou bien proposez-vous vos créations aux couturiers ?
Nous proposons aux couturiers, eux nous font des demandes spéciales, ils changent quelquefois le coloris, une matière : remplacer un fil par du cuir ou encore, ils demandent ce tissu-là mais avec le fil de l’autre etc. Nous, on leur fait ! Nous avons aussi un ordinateur relié à un métier à tisser norvégien avec 10 chaînes de fils différents. Le client arrive avec une idée et repart avec un échantillon.
Au sous-sol, la tissuthèque et ses environ 20 000 références, fabuleux patrimoine, bien rangé, classé, numéroté dans des boites en carton. Cette tissuthèque grandit rapidement puisque Malhia crée 500 tissus par collection soit 1000 chaque année !
Malhia Kent travaille aussi avec les détenues de la prison de Pau, elles créent des écharpes, toutes faites à la main, toutes différentes, que nous proposons dans le monde entier. « c’est pour apprendre un métier aux filles, pas pour les exploiter, à la suite de quoi, quand elles sortent, elles peuvent passer un an dans un atelier de réinsertion où elles sont libres… » précise Christian Pays. Il est à noter que cette opération a été montée sans but lucratif.
D’autres trésors sont présents partout dans l’atelier de création, ce sont les « tableaux tendances », ce sont de grands tableaux réalisés à partir des tissus de la collection, par série de couleurs. Ces tableaux représentent 1000 heures de travail chacun, tout est dans le détail : même les pochettes dans lesquelles les clients emportent leurs échantillons ou leurs coupons, sont miniaturisés.
Si vous avez l’occasion de passer près du Viaduc des Arts, avenue Daumesnil à Paris, entrez chez Malhia Kent, vous pourrez y voir « les Plus Beaux Tissus du Monde »
Malhia Kent - Viaduc des Arts - 19, avenue Daumesnil - 75012 Paris