Etes-vous prêts à porter du "Tissu d’arbre" ?
jeudi 9 août 2001, par simone redon
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Hiromi, après l’université et une école de stylisme a travaillé de nombreuses années pour une grande marque japonaise de vêtements teen-agers. En 1991 elle fonde sa société "Grand Belle", son principal objectif est la transformation de kimonos traditionnels en vêtements stylisés et modernes.
L’année suivante sa collection est diffusée sur la chaîne nationale japonaise NHK : c’est une révélation pour le grand public !
Dès 1993 ses créations sont reconnues par le Ministère du Commerce Extérieur et de l’Industrie.
Au nord du Japon, dans la région de Tohoku existe un grand centre de 250 ans d’histoire du tissu, Hiromi a été appelée, en tant que styliste par l’Union Syndicale des soies traditionnelles afin de réinventer le kimono, de l’adapter à la vie moderne.
- Pourquoi réinventer une utilisation de ce tissu, les japonaises ne portent-elle plus le kimono ?
En fait, avec la modernisation, les gens ne portent plus le kimono traditionnel. Le Ministère de l’Industrie sentant le besoin de protection pour ce secteur a proposé de protéger en trouvant d’autres utilisations du tissus à kimono pour conserver le savoir faire et la fabrication de ce tissus traditionnel faisant partie du patrimoine japonais.
- On ne peut imaginer le Japon sans kimono, pensez-vous qu’il aurait totalement disparu ?

Dans la mode, tout le monde travaille avec des tissus venus d’occident, les stylistes travaillent avec le tissus européen. J’ai décidé d’utiliser les richesses de mon pays et j’ai été récompensée pour mon travail par le Ministère de l’Industrie Japonais.
- Est-il facile, au Japon, en tant que femme, de défendre ce genre de cause ?
En fait, en tant que femme, il n’est pas très difficile de travailler dans la société japonaise mais dans le domaine de la mode c’est déjà plus compliqué : on doit faire ses preuves, avoir une grande connaissance de la tradition. J’ai pu profiter du fait d’être reconnue pour "imposer" mes créations.
- Vos créations sont très originales, comment êtes vous arrivée à cette démarche ?
Après avoir travaillé un peu plus de dix ans pour le kimono, j’ai commencé à travailler sur une autre matière qui s’appelle le "washi", c’est un papier japonais fabriqué à partir d’écorces de mûrier, de la plante mitsumata ainsi que de fibres d’écorces. La dénomination "Washi" regroupe en fait plusieurs sortes de papiers faits selon des méthodes de fabrication propres à chaque région.
- Quel est votre but dans l’utilisation du "papier" dans la mode ?
Je voudrais faire revivre ces matières riches devenues très rares et qui tendent à disparaître, dans mes créations. J’ai crée la surprise, déjà quand j’ai utilisé le tissu kimono pour faire des habits "normaux" et ensuite l’utilisation du washi, en fait, c’est ce que j’aime, dans mon travail, créer la surprise ! Si tout le monde s’étonne… c’est réussi !
- Préserver les traditions tout en les adaptant à la modernité n’est-ce pas limiter la création ?
Dans la prochaine collection, il y aura encore beaucoup de surprises, mais j’aime apprendre et faire en sorte que la matière s’adapte à mes idées. J’ai travaillé avec une artisan - Madame Aoki - je suis allée dans la montagne, avec elle dans son atelier, pour rechercher comment rendre la matière lavable et résistant. C’est un travail très dur que plus personne ne veut faire. Mais nous avons crée cette matière ensemble, si Madame Aoki ne pouvait plus travailler demain, plus personne ne saurait faire ce travail. Cette femme est passionnée pour ce qu’elle fait, même si c’est très dur, elle cherche toujours à améliorer, à inventer d’autres techniques pour arriver à ses fins. Il faudrait qu’elle puisse transmettre ses connaissances.
- Etes-vous la seule styliste à travailler avec elle ?
Deux ans après ma première collection, quelqu’un s’est intéressé au travail Madame AOKI pour faire une collection, peut-être cela va continuer.
Hiromi Nishimura est une femme d’esprit, même si ses amis lui reprochent presque de "ne pas être assez stressée… " elle s’est lancé le défi de démontrer l’importance des apports de la nature et des traditions ancestrales au cœur de notre vie moderne… Certaines pièces de washi ont demandé une année de fabrication ! Le résultat vaut tout ce travail puisque les modèles d’Hiromi sont magnifiques. Leur délicatesse, dans le ton, la matière, la coupe, le motif en font des vêtements à porter, à regarder, à toucher.
Merci à la pétillante Kumiko, notre interprète.
Votre plus grande passion ?
- l’être humain
Votre dernière grande émotion ?
- Emue d’elle-même après avoir eu à supporter une situation très difficile
Votre plus grande aversion ?
- l’hypocrisie, la vanité
La cause que vous aimeriez défendre ?
- Le sommeil
Qu’est-ce qui vous manque le plus ?
- L’argent !
Les création d’Hiromi Nishimura vont délibérément dans le sens d’une nouvelle hygiène de vie, telle qu’on la conçoit de plus en plus clairement aujourd’hui. Elles semblent arriver comme une occasion d’harmoniser nos habitudes vestimentaires à nos conceptions nutritionnelles et domestiques.
Hiromi a été récompensée par le prix d’excellence des Maîtres Tailleurs par la Fédération des Maîtres Tailleurs Japonais. Elle a également reçu le « Certificat du Mérite du Nippon Design Bunka Kyokaï, présidé par Madame Hane MORI.
