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Secours Populaire - rencontre avec Janine Fillaudeau

mercredi 8 août 2001, par simone redon

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Janine Fillaudeau, quand on la rencontre pour la première fois, les mots qui viennent à l’esprit pour la raconter sont "cette femme là, mon gars, elle est terrible !"

Janine s’occupe du Secours Populaire à Morsang sur Orge, en grande banlieue parisienne. Elle est très populaire là-bas puisqu’elle vient au secours des autres et elle est populaire ailleurs , grâce au petit écran puisqu’un reportage lui a été consacré et a été diffusé plusieurs fois sur France 3 et sur Arte.


Nous l’avons rencontrée, entourée de ses amis, chez elle. Sa maison regorge de tous les trésors amassés au fil du temps et des voyages, ils sont au mur, sur des étagères, bien en vue pour en profiter un maximum.

Janine était militaire bien qu’elle soit devenue "comuniste (sans carte) pacifiste" .Elle n’aime pas être commandée. Elle regrette la solidarité chez les cocos et chez les autres qui a tendance à disparaître et pense que les gens sont trop individualistes et que seul on ne peut rien faire. Son but est de changer la société et c’est ce qu’elle fait autour d’elle en faisant prendre consciences aux autres, humbles et défavorisés que la vie est belle, courte et que chacun est responsable de ce qui peut arriver.

- Quelles est votre action au sein du Secours Populaire ?

- Nous, "tout ce qui est humain est nôtre", donc, à part la politique politicienne ou défendre un parti politique, on peut tout faire, on est reconnus d’utilité publique et d’éducation populaire donc on fait tout ce que les autres ne voient pas ou ne peuvent pas faire.

Le mardi : permanence d’accueil, les gens viennent, racontent leur vie, enfin, ceux qui veulent, on les reçoit à trois, tout seul on ne peut pas, je le faisais au début mais c’est trop dur. Il y a des gens avec qui ça passe et d’autres pas donc à trois, l’un de nous peut prendre le relais. Il y a aussi le vestiaire : on vend des vêtements que l’on récupère à très bas prix.

Le mercredi, c’est la distribution alimentaire

Le jeudi Théâtre et le vendredi on trouve toujours quelque chose à faire.

- Travaillez-vous avec les autres Secours Populaires ?

-  On a un bureau départemental mais chaque ville est indépendante, chaque comité décide des actions à faire selon les besoins du lieu. A Morsang sur Orge, nous sommes une cinquantaine de bénévoles, surtout des retraités, si on a besoin d’aide on peut aller jusqu’à 200.

- Considérez-vous faire un travail d’Assistance Sociale ?

-  Non, pas du tout. D’abord, on n’est pas payé, ça nous laisse la liberté de faire et dire ce que l’on veut et nous n’avons pas d’horaires. On ne fait pas d’assistance, on ne fait pas les choses à la place des gens, on essaie de leur donner la possibilité de réfléchir et de décider par eux-mêmes.

- Le jeudi, c’est théâtre, comment êtes-vous arrivés à cette activité ?

-  Au secours Populaire, il y avait les "Cahiers de l’Espoir", les gens écrivaient ce qui n’allait plus, ce qu’ils voulaient, c’était de la parole libre. Suite à ça on a créé un groupe de paroles, il n’y avait que des femmes et on discutait de tout, de rien, on faisait venir quelqu’un de plus pointu sur un problème et puis un jour, une femme qui était à la recherche d’un logement nous a raconté son aventure et s’est mise à la mimer avec une autre et j’ai dit "on ferait bien du théâtre !" On a trouvé un professeur et à partir des cahiers de l’espoir on a commencé à travailler. Pendant six mois, elle a fait parlé les femmes, on faisait beaucoup de relaxation et de toutes les anecdotes elle a écrit le spectacle. C’est une pièce de théâtre avec des moments drôles, des moments tristes, des scènes de marché etc… juste la réalité.

- Qui sont ces femmes comédiennes ?

-  Nous et beaucoup de femmes émigrée d’origine maghrébine, turque… Souvent elles ne savent pas lire, il a fallu travailler à partir de cassettes pour qu’elles apprennent leurs répliques, mais on a gardé leurs mots, leurs expressions.

-  (Rosemonde) Avec le théâtre et le groupe paroles, j’ai pris du "poil de la bête", maintenant, je me rebiffe, si je ne suis pas d’accord, j’ose le dire ! je ne me laisse plus bouffer !

- Les maghrébines participent facilement ?

-  C’est incroyable comme leurs rapports avec nous, avec leurs familles ont été transformés. Chez elles, elles n’ont pas le droit à la parole, ici elles se lâchent, elles racontent énormément., elles ont pris confiance. On les a emmenées voir des pièces de théâtre, des concerts, depuis un an et demi elles ont vu des choses auxquelles elles n’auraient peut être jamais pensé ! Nous sommes allées voir un concert du grand orchestre de Lille, c’était exceptionnel ! quand ces femmes-là pensent musique classique cela veut dire grande musique donc ce n’est pas pour elles mais on y est allées et elles ont été subjuguées.

- Le fait d’y aller en groupe, de s’entraîner y est pour quelque chose ?

-  Oui, c’est l’osmose ! c’est plus facile d’y aller à plusieurs, de partager mais il a fallu se bagarrer pour les convaincre de venir.

- Leurs maris participent-ils ?

-  Pas directement mais ils vont venir voir la pièce. Ils ont confiance, et savent que je ne vais pas aller contre leurs traditions.

Ce que je fais est commun, je n’ai rien d’extraordinaire, c’est quand même étonnant qu’on fasse un reportage sur moi.

Les gens m’arrêtent dans la rue, ils me reconaissent, moi quand je vois quelqu’un qui me plait à la télé, une heure après je ne vais pas le reconnaître dans la rue !

Il faut savoir tirer profit des autres pour grandir, j’ai été nourrie en écoutant et je restitue tout cela aux autres.

Janine.

- Avez-vous déjà fait des représentations ?

-  Oui, au mois de Juin, nous avons joué une demie heure au Thé‚tre de la Gare de Vitry sur Seine, ça a bien marché, nous avons été applaudies. Mais notre grande représentation a lieu le 18 Novembre prochain, à Morsang sur Orge. Ca durera une heure trente.

- Avez-vous d’autres projets pour le théâtre ?

-  Oui, après on va jouer une "vraie" pièce : une pièce déjà écrite. Sinon, le professeur de théâtre travaille aussi avec les enfants : elle les a vu raconter leurs histoire et a trouvé que ça ressemblait à une tragédie grecque, elle a donc décidé de monter "Antigone" avec eux, ils ont entre 8 et 14 ans et ça marche bien.

- Vous faites aussi du soutien scolaire ?

-  Oui, du moins des enseignants, de manière collective, les enfants sont envoyés par les écoles, ça va de la maternelle au CM1, le but est de les valoriser et de leur montrer ce qui est intéressant à l’école, de les motiver pour l’apprentissage. On fait aussi de l’aide individuelle et là ce sont les jeunes qui viennent donner un coup de main aux enfants pour l’aide aux devoirs etc. Plus tard ceux qui sont venus au soutien scolaire reviennent dire bonjour ou aider les autres.

- Vous vous occupez du secours depuis longtemps ?

-  Depuis 25 ans, avant je faisais partie des associations de parents d’élèves, mais n’ayant plus d’enfant à l’école je m’occupe du secours.

- Et maintenant vous faites "parents de tous" ?

-  C’est un peu ça ! Mercredi dernier à la permanence, il y en a un qui est venu me remercier de l’avoir bousculé ! ça fait peur ! on est obligé de mettre les gens à poil pour les faire réagir. Certains jeunes ne connaissent pas de règles, pas de limites, quand on dit Stop et que ça dépasse les bornes et bien ils s’en ramassent une et après les contacts sont bons. Ils ont besoin de connaître les limites, moi je les respecte et eux me respectent. Je n’ai jamais fait ça avec mes mêmes. J’ai pas filé des paires de claques comme ça. Ce doit être une sorte d’appel au secours, pour dire ’ occupe-toi de moi à.

- Vous voyez une majorité de jeunes ?

-  On voit de tout, on va voir les jeunes dans les cités, on va dans les caves, il faut y aller s’il y a des problèmes ! Ils s’installent dans les cages d’escaliers ou dans les caves, un bout de moquette, quelques sièges, ils sont chez eux. Vous savez ils sont très attachants quand on arrive à les toucher, ils sont drôles, gentils… ils se laissent embarquer dans des groupes.

- Quels sont vos moyens, matériels ?

-  Nous vivons de subventions et de rentrées d’argent diverses, on a un budget de 70 millions d’anciens francs mais la subvention de la mairie est de 4 millions toujours d’anciens francs, alors, la différence il faut aller la chercher. Par ailleurs nous avons trois locaux, deux qui sont à nous et un troisième que l’on nous prête. Nous nous occupons de l’entretien et de la réfection. Moi, je suis un peu ’ foutoir à mais quand nous recevons des gens en difficulté il faut que ce soit ’ clean à ! donc on fait le ménage et la peinture. Le Secours rémunère également certains intervenants comme le professeur de thé‚tre ou les professeurs du soutien scolaire. Le trésorier est une personne très importante vu tout l’argent qui circule. On rend compte de tout c’est un boulot très prenant.

- Dans les 50 bénévoles, vous êtes le noyau, qui rouspète le plus ?

-  (rires et regards en direction de Janine) Si je vous disais que je ne "gueule" pas, vous ne me croiriez pas. Plus on en fait, plus on veut en faire, on ne se dévoue pas pour les autres, moi je n’ai jamais vu ça, on le fait d’abord pour soi parce qu’on a beaucoup de plaisir, ensuite ça va aux autres et ils le rendent ; moi, les trucs de bonne sœur je n’y crois pas trop. On a beaucoup de plaisir à faire les choses pour soi, il faut bien s’aimer, moi je ne me considère pas comme une m…, il faut pas jouer les hypocrites, on sait ce que l’on vaut !

- N’importe qui peut venir vous aider ?

-  Oui, mais on ne lui dit pas ce qu’il y a à faire, il vient proposer une idée et la monte ou bien il vient il regarde et voit ce qu’il veut faire. D’ailleurs si quelqu’un vient à la permanence d’accueil, entre ceux qui écoutent, ceux qui s’occupent du vestiaire, ceux qui servent du café, on ne sait pas qui est aidé et qui ne l’est pas, il y a de la place pour tout le monde.

- Votre passage à la télé, à part notre présence, vous a-t-il apporté autre chose ?

-  ça ne rapporte rien ! moi, je fais ça pour le Secours, pour trouver des fonds, pour moi, je m’en fiche… j’ai eu beaucoup de lettres d’encouragement et une publicité dans le Figaro Magazine mais ça n’a pas rapporté un rond ! « a m’a aussi rapporté une médaille, celle du mérite ! Marie-Georges Buffet m’a fait décoré, il a fallu remplir un tas de paperasses, les Renseignements Généraux sont venus me voir, puisque je ne voulais pas y aller. La médaille, je ne l’ai pas demandée, on a voulu me la donner alors je leur ai dit : ’ si je mérite vous me la donnez, sinon, tant pis, ça m’est égal… à finalement c’est une amie qui s’est occupée de la paperasse du coup j’ai eu la médaille et on a fait la fête, on était plus de 400 !

5 questions à l’invité :

Votre plus grande passion ?

- La vie


Votre dernière grande émotion ?

La semaine dernière, un enfant est venu demander quelque chose et s’est mis à pleurer


Votre plus grande aversion ?

- l’Injustice


La cause que vous aimeriez défendre ?

- La paix


Qu’est-ce qui vous manque le plus ?

- Rien !

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