jeudi 27 mars 2003, par Géraldine Drot
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Tout commence fin 85. Après un long intermède de 11 ans aux Etats-Unis (de 74 à fin 85), la photographe a besoin de rentrer en France. « Aux USA les paysages sont fantastiques. J’ai fait un livre sur toute l’Amérique. Mais l’Histoire ? L’histoire est en Europe ! J’arrive donc fin 85 en France. Je suis invitée pour le 31 décembre chez le maire d’Antibes qui me parle du nouvel éclairage de la Tour Eiffel. Je décide d’aller voir ça de plus près et je fonce à Paris ! »
Sa rencontre avec l’auteur de ce nouvel éclairage, Pierre Bideau, sera décisive. Ils se prennent d’amitié, et pour elle il enfreindra le règlement, faisant illuminer exceptionnellement la Tour à 4 heures du matin, par exemple… Winnie Denker n’est pas une photographe ordinaire. Vous ne pouvez pas la manquer. Elle traîne derrière elle une pile de valises plus grosses qu’elle, se faisant aider dés qu’elle en a l’occasion par de charmants jeunes hommes. Travailler à la chambre n’est pas seulement un art, c’est toute une expédition !
C’est en 89 à l’occasion du centenaire de la Tour qu’est publié le premier ouvrage de Winnie Denker, « la Sentinelle de Paris ». Jamais encore les volutes, les ombres, les couleurs de la tour, le plus petit boulon, n’avaient été autant mis en valeur. La photographe et sa boîte magique réussissent un tour de force incroyable en nous faisant découvrir des détails inconnus à nos yeux. « Je suis sûre d’être la seule au monde à avoir fait autant de 20/25 sur la tour Eiffel », affirme fièrement Winnie, « d’autant plus qu’elle est très difficile à photographier. Ca coûte trop cher mais quel résultat ! La tour est un spectacle permanent. Je découvre toujours de nouvelles choses ».
14 ans après son premier ouvrage sur la tour Eiffel, Winnie prépare actuellement son 3ème livre qui sortira au printemps 2004. Celui-là, elle le veut parfait. Il est l’aboutissement de toutes ses années de travail, d’observations, de voyages à travers le monde où elle peaufine sa technique, aiguise son œil, bleu et toujours aux aguets. La Tour, dont elle connaît pourtant les moindres recoins, continue de la surprendre. Toujours avec la même effervescence, elle se faufile à travers les entrailles métalliques, en quête d’un nouvel angle, d’une nouvelle perspective, d’une lumière.
Connue comme le loup blanc par tout le personnel de la Tour, ce petit bout de femme est l’une des rares à être autorisée à circuler à travers les méandres d’acier. Il lui suffit en général de prononcer le mot de passe magique, « Winnie », pour obtenir tous les laisser-passer, des sous-sols où se cache la machinerie aux cuisines, en passant s’il le faut par les monte-charge réservés d’ordinaire au personnel technique.
Ali Bouhlacen, le patron du café situé au premier niveau, est un vieil ami de Winnie. Comme la plupart des employés vétérans de la tour, il a été conquis par le personnage et lui voue une admiration sans bornes : « Elle fait partie des piliers, que dis-je des boulons ! », s’exclame-t-il. « Si elle disparaît pendant plusieurs mois, je sais qu’elle est quelque part dans le monde avec son 20/25. Mais elle revient toujours. Son travail est magnifique. Aucun photographe ne peut rivaliser avec elle ». Son seul regret, immense, est d’avoir été absente lors des cérémonies du passage à l’an 2000.
Consciente de faire partie de l’histoire de la tour Eiffel, Winnie est au rendez-vous cette fois, lorsque durant l’hiver 2002-2003, Mademoiselle se refait une beauté, de la tête aux pieds. Ce spectacle n’a lieu que tous les dix ans. Nouvelle peinture, nouvel éclairage. En dépit du froid glacial, l’artiste suit les peintres-acrobates, les mitraille. Photos exclusives, bien entendu. Pour des raisons de sécurité, et aussi vous l’aurez compris par affinités personnelles, nul autre n’est autorisé à pénétrer dans la zone des travaux.
Malgré ses 65 printemps, cette éternelle jeune fille bouillonne d’énergie et conserve une candeur intacte. Vous ne la croiserez pas dans les dîners mondains, Winnie est une femme de terrain. Courtisée par des milliardaires et de grands artistes de renom, Winnie a choisi de vouer sa vie à la photo et n’a aujourd’hui pour seul compagnon que son fidèle 20/25. Peu importe, elle n’a aucun regret. « J’ai énormément appris au cours de mes voyages, on m’a donné tant de choses, qu’aujourd’hui je me sens riche ! ». Elle est comme ça Winnie : résolument optimiste, avide de rencontres, violeuse de beautés cachées ou que l’on ne sait pas voir, fonceuse, curieuse, généreuse. Une femme d’exception et un talent hors du commun.
Où trouver les oeuvres de Winnie Denker ?
pour visiter son site : http://winnied.free.fr